Bruce Springsteen
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I'LL STAND BY YOU ALWAYS



i__ll_stand_by_you_always.mp3 I'll Stand By You Always.mp3  (5.12 Mo)


You wake me in the night and your tears falling down
Come let me dry them for you
I wish I could tell a story, chase away all those ghosts
You've got inside of you

A story of heroes that fight on at any cost
Of a kingdom of love to be won or lost
We'll fight here together 'til victory is won
Come take my hand 'til the morning comes
Just close your eyes

I'll stand by you always, always, always
I'll stand by you always, always, always


I know here in the dark
Tomorrow can seem so very far away
Here the ghosts and the goblins can rise from your dreams
To steal your heart away

Together we'll chase those thieves that won't leave you alone
Out from under the bed, out from over our home
And when the light comes we'll laugh my love
About the things that the night had us so frightened of
And until then

I'll stand by you always, always, always
I'll stand by you always, always, always


Now I know it can feel like you're slipping away
At night you'll get lost in that deep dark place
We'll let the night come and do what it may
Together we'll find the courage, we'll find faith
Until you awake

I'll stand by you always, always, always
I'll stand by you always, always, always
I'll stand by you always
I'll stand by you always

I'll stand by you always, always, always
...

****

NOTES

"Ils ne l'ont pas utilisée (pour Harry Potter). C'est à eux que vous devez demander la raison pour laquelle ils ne l'ont pas prise (rires). C'était une assez bonne chanson. Il s'agissait d'une chanson que j'avais écrite pour mon fils ainé. C'était une grande ballade, qui était assez peu caractéristique des choses que je chantais moi-même. Mais c'était une chanson qui, je pensais, conviendrait joliment. A un moment donné, j'aurais aimé qu'elle figure dans un film pour enfants quel qu'il soit, car c'était une assez belle chanson" (BBC 2, 19 octobre 2016)

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Il y a 15 ans, le 16 novembre 2001, sortait sur les écrans Harry Potter and The Sorcerer's Stone (Harry Potter à l'école des sorciers). Étant d'humeur quelque peu nostalgique, j'ai consulté le site Backstreets (ce que je fais chaque jour, parfois deux ou trois fois par jour). J'y ai vu l'interview avec David Heyman (producteur, ndt) et je voulais y répondre. La plupart des faits que rapportent David sont exacts, mais il y a un petit détail supplémentaire que je voulais partager avec vous.

En tant que gamin élevé dans une ville industrielle de l'Ohio, mon avenir a toujours semblé assez lugubre. Mes deux parents étaient des ouvriers, et il me semblait que mon avenir serait identique. Au lycée, j'ai développé un amour pour le cinéma et j'ai été assez chanceux de décrocher une bourse d'étude pour l'école de cinéma de l'Université de New York. Au départ, je n'étais pas dans mon élément dans cette université-là. Je n'avais pas une énorme dose de confiance en moi et j'étais intimidé par beaucoup d'autres étudiants, des élèves plus raffinés. A plusieurs reprises, j'ai pensé arrêter mes études pour retourner dans l'Ohio. Je pensais que je ne faisais pas l'affaire, tout simplement.

Puis est arrivé l'été '78. Je suis allé chercher une copie de Darkness On The Edge Of Town. J'ai écouté l'album la nuit entière. Il me parlait. De la même façon qu'il parlait à des millions d'autres auditeurs. Mais j'ai pris cette musique personnellement. Elle était comme un challenge.

Cet été-là, pendant que je travaillais la nuit au sein de la société Alcan Aluminium, entre deux immenses étagères d’aluminium, je me cachais de mon patron endormi. Et là, j'ai écrit mon premier scénario. Je suis retourné à l'Université de New York à l'automne, j'ai montré le script à mon professeur qui l'a passé à son agent. L'agent m'a embauché comme client et, en l'espace de trois semaines, il a réussi à vendre le script à la MGM. J'avais tout à coup une carrière devant moi. J'avais tout à coup un avenir. Tout ça grâce à un seul disque de Bruce Springsteen. Tout ça grâce à Darkness.

Je ne l'ai jamais oublié. Alors que je passais les décennies suivantes à travailler dans l'industrie du cinéma, et à voir plus d'une centaine de concerts de Bruce, j'ai écrit, réalisé, et produit quantité de films dans lesquels je voulais utiliser la musique de Bruce. Mais, souvent, nous n'avions pas le budget, où la compagnie de disque nous recalait. Heureusement, j'ai développé une forte amitié avec Steve Van Zandt, qui a composé beaucoup de grandes chansons pour mes films. Et j'ai été assez chanceux de pouvoir faire figurer Southside Johnny & the Asbury Jukes dans mon premier film, Adventures in Babysitting (Nuit de folie, 1987)

Mais j'ai toujours rêvé qu'à un moment donné, quelque part en cours de route, il y aurait une chanson de Bruce dans un de mes films.

Nous étions sur la post-production de Harry Potter and The Sorcerer's Stone quand j'ai reçu un coup de téléphone d'un cadre de chez Warner Bros. Il m'a dit, "Tu ne vas pas le croire. Mais quelqu'un… quelqu'un de vraiment énorme... c'est à dire une grande, grande superstar, a écrit une chanson pour ton film". J'ai demandé, "Qui ?", pensant qu'il s'agissait probablement de Sting ou Paul McCartney, étant donné la nature extrêmement britannique du film. Le cadre m'a dit, "Bruce Springsteen".

Mon putain de cœur battait la chamade. Voilà que ma chance arrivait, l'occasion d'avoir enfin une chanson de Bruce dans un de mes films. Le jour suivant, le CD de Bruce est arrivé aux studios Leavesdon. J'ai déchiré l'enveloppe FedEx, j'ai couru dans mon bureau, et j'ai fermé la porte. J'avais besoin d'écouter ça en premier, j'avais besoin d'écouter ça seul. J'ai regardé le titre sur le CD : I'll Stand By You. Le titre, déjà un classique. J'ai placé le CD dans ma grosse stéréo et j'ai appuyé sur le bouton play.

Ma première réaction a été une joie pure. I'll Stand By You était une des plus belles chansons que j'avais jamais entendue, une des chansons les plus élégantes et les plus sensibles que Bruce avait jamais écrit. Je l'ai écouté encore et encore. Je suis rentré chez moi et je l'ai faite écouter à ma femme et aux enfants. Ils ont tous aimé la chanson. Ce soir-là, je suis allé me coucher en pensant, "Mon rêve s'est enfin réalisé".

Le jour suivant, sur la table de mixage, j'ai demandé aux monteurs de faire défiler la dernière bobine de Sorcerer's Stone. Cette chanson méritait une grande place dans le film, et j'étais déterminé à la placer pendant le générique de fin, alors que le Hogwarts Express (Poudlard Express) ramène Harry, Hermione, et Ron vers leur famille. En quelques minutes, la chanson était synchronisée sur le générique final.

Nous avons passé la bobine. Nous l'avons passé encore et encore. J'ai probablement regardé cette bobine pendant les quatre heures suivantes, créant, dans le cœur de mes producteurs, un sentiment d'anxiété et la crainte d'un dépassement de budget. Je voulais que cette chanson marche. Putain, je voulais cette chanson pour le générique de fin. Mais il y avait un problème.

Les premières 130 minutes du premier film Harry Potter étaient intensément, profondément britanniques. Le moindre acteur apparaissant dans le film était britannique, leur dialogue puisait plus dans les versions britanniques du livre que dans les versions américaines modifiées (des mots comme jumper -pull-over- étaient remplacés par sweater dans les versions américaines). Les plateaux étaient historiquement britanniques. Et la musique rugissante du film composée par John Williams était également, dans son cœur, extraordinairement britannique.

L'incroyable et déchirante sublime chanson de Bruce modifiait légèrement l'humeur du film, de l'Angleterre vers l'Atlantique. Vers les États-Unis. Ce serait l'unique fois dans notre film où nous n'entendrions pas une voix d'origine britannique. Mais aussi, pour compliquer les choses... John Williams avait déjà composé un thème orchestral de huit minutes pour terminer le film. J'aurais du faire face au Maestro et lui dire que j'envisageais de supprimer sa symphonie de huit minutes. Ce qui aurait certainement fait partir John en courant, mettant un terme à notre collaboration professionnelle pour toujours. L'aurais-je fait, que John n'aurait certainement pas composé les deux films Harry Potter suivants.
 
J'étais dévasté. J'avais attendu 25 ans une chanson de Bruce. Et finalement, j'ai reçu une des plus belles chansons qu'il ait jamais écrite. Et je ne pouvais pas l'utiliser.

J'étais perdu, déprimé, et sincèrement, sincèrement affecté. J'ai fait la seule chose que je pouvais faire. J'ai décidé d'écrire à Bruce, pour lui expliquer ce qui s'était passé. J'ai donc commencé à écrire... et à écrire... et douze pages plus tard, j'ai terminé ce qui était en partie des excuses, en partie une explication, en partie un voyage historique sur ma relation personnelle avec Bruce et sa musique.

Bruce m'a écrit en retour quelques semaines plus tard, me disant qu'il comprenait et qu'il allait réfléchir à l'invitation que je lui avais faite, à lui et sa famille, de venir assister au tournage de Harry Potter 2. Ce qui ne s'est malheureusement jamais matérialisé. Mais comme vous pouvez l'imaginer avec Bruce, il a été incroyablement bienveillant et compréhensif et il m'a fait me sentir beaucoup mieux avec une seule phrase :  "Tu dois faire ce qui est juste pour ton film". Évidemment, Bruce se sentait concerné par ce qui se trouve dans le cœur de l'artiste.

Au cours des années suivantes, j'ai eu la grande chance de rencontrer Bruce plusieurs fois. Nous ne parlons jamais de la chanson. Ce n’est jamais arrivé sur le tapis. Mais tout au fond de mon cœur, je sens que je lui suis redevable. Je sens que je lui suis encore redevable de quelque chose, pour m'avoir mis sur un chemin qui m'a mené à ma belle carrière, et pour m'avoir donné un avenir.

J'espère qu'un jour, un jour proche, Bruce sortira I'll Stand By You. Elle mérite d'être entendue. C'est véritablement un classique, un morceau de musique intemporel.

Chris Columbus, 18 novembre 2016


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Chris Columbus est un réalisateur, producteur et scénariste américain. Ce texte est paru sur le site internet Backstreets.


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