"Le cas de Murder Incorporated est spécial. Nous l'avions enregistrée, mixée, puis enlevée au dernier moment de Born In The USA. Nous pensions en faire une face B. Des copies pirates ont circulé et c'est un titre que nous n'avions jamais joué en concert. Pendant une tournée, j'ai ce souvenir très net d'un fan qui nous suivait de ville en ville. Il était toujours planté là, dans les premiers rangs, avec une grosse pancarte en carton, sur laquelle on lisait, 'Jouez Murder Inc. !'. De fait, nous ne l'avons jamais joué en public, mais l'image était restée et je l'ai ressortie au dernier moment. La version qu'on entend sur le Greatest Hits est la seconde prise. Nous en avons fait trois et ça sonnait aussi frais que si je venais de l'écrire la veille ! [...] Bon, alors, pourquoi Murder sonne aussi contemporain ? C'est que nous sommes dedans, en plein dedans ! Je veux dire, nous acceptons tous les jours le sacrifice de jeunes vies, c'est dirait-on, le prix normal à payer pour faire du business ! Et tout le monde, tous les citoyens marchent dans la combine du crime organisé. Or, il y a douze ans, je faisais tournicoter ces petites idées dans ma tête, mais depuis, ma vision est devenue réalité ! La violence urbaine, le gouffre entre les riches et les pauvres aux États-Unis (spécialement à Los Angeles) est devenu un fait accepté, banal ! On voit chaque semaine des femmes enceintes se faire buter, et personne ne dit rien, c'est un fait divers à classer. Des gamins se tirent dessus en pleine rue, tout le monde trouve ça normal. "City Life". Ces dix dernières années ont été terribles, cette chanson pessimiste est devenue réalité quotidienne, alors pourquoi ne pas la sortir ?" (Rock & Folk, 05.1995)