Il parcourait les voies ferrées depuis la Grande Dépression
Cinquante années à la dérive
Il disait "Tu croises personne
Tu seras bien ici fiston"
J’ai quitté ma famille en Pennsylvanie
A la recherche d’un travail, j’ai mis les voiles
J’ai rencontré Frank dans l’Est du Texas
Dans un dépôt de marchandises balayé par la neige
Du Nouveau-Mexique jusqu’au Colorado
De la Californie jusqu’à la mer
Frank, il m’a montré les ficelles du métier, Monsieur
Jusqu’à ce que je reprenne pied
J’ai bêché les champs de betteraves à la sortie de Firebaugh (1)
J’ai ramassé les pêches dans les arbres de Marysville (2)
Ils nous ont entassés dans une grange tout comme des animaux
Moi et une centaine d’autres tout comme moi
On s’est séparés au début du printemps
Je n’ai jamais revu Frank
Sauf par une nuit pluvieuse, il est passé à toute allure près de moi au volant d'un camion à céréales
Il a crié mon nom et a disparu dans la pluie et le vent
On l'a retrouvé mort, une balle dans le corps, à la sortie de Stockton (3)
Son corps gisant sur une colline couverte de boue
Rien de pris, rien de volé
Quelqu’un tuant juste pour tuer
A la fin de cet été-là, je roulais ma bosse à travers les plaines du Texas
Une vision m'est apparue
Une petite maison au bord de la voie ferrée
Dans l'éclat de la belle lumière du sauveur
Une femme faisait à manger dans la cuisine
Un enfant était assis à une table avec son père
Je me demande si je manque à mon fils
S'il se demande où je suis
Ce soir, je choisis mon campement avec soin
Près du dépôt ferroviaire de Sacramento (4)
Je ramasse du bois et j'allume un feu
Dans l’obscurité de ce début d'hiver
Le vent siffle de manière glaciale, je me couvre de mon manteau
Je fais chauffer du café et je regarde fixement la nuit noire
Je suis allongé, éveillé, je suis allongé, éveillé, Monsieur
Avec ma machette à mes côtés
Seigneur, la bienveillance de ton amour et de ta pitié
Ce soir, je le regrette, n’a pas réussi à combler mon cœur
Comme un bon fusil
Et le nom de celui que je devrais tuer