Bruce Springsteen
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Par Jon Stewart



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Par Jon Stewart
Je ne suis pas critique de musique. Ni historien, ni archiviste. Je ne suis pas capable de vous dire où se situe Bruce Springsteen dans le panthéon du répertoire des chansons américaines. Je ne suis pas capable d’éclairer le contexte de son œuvre, ou bien de ses racines dans les traditions de l’histoire folk et orale de notre grande nation.

Mais je suis du New Jersey.

Et ainsi, je suis capable de dire ce que je crois. Et ce que je crois, c’est ça: je crois que Bob Dylan et James Brown ont eu un bébé. Oui ! Et ils ont abandonné cet enfant - comme vous pouvez imaginer à cette époque-là: les relations interraciales, homosexuelles étant ce qu’elles étaient - ils ont abandonné cet enfant sur le bord de la route, entre les échangeurs des sorties 8A et 9 du Jersey Turnpike (1).

Cet enfant est Bruce Springsteen.

Pendant longtemps, je n’ai pas compris sa musique, jusqu’à ce que je commence à avoir des aspirations. Jusqu’à ce que je commence à questionner les choses que j’accomplissais et que je faisais dans ma propre vie. Jusqu’à ce que je réalise qu’il n’y avait pas que cette joyeuse parade sur scène et la comédie. Il s’agissait de l’histoire de ces vies qui pouvaient être changées.

Je travaillais dans un bar, dans le New Jersey, comme vous pouvez l’imaginer, le New Jersey profond, juste à la sortie de la Route 1. Et chaque soir, quand je fermais le bar, je montais dans ma voiture. Et à l’époque, je conduisais une Gremlin marron clair de 1976 (2). La Gremlin est une voiture qui a été inventée pour deux raisons : premièrement, pour le contrôle de la natalité chez les jeunes hommes. Et deuxièmement, elle a été inventé pour que la Pinto (3) ne se sente pas trop moche. Mais je montais dans ma voiture chaque soir et je mettais la musique de Bruce Springsteen. Et tout a changé. Et je ne me suis plus jamais considéré comme un perdant. Quand vous écoutez la musique de Bruce, vous n’êtes pas un perdant, vous êtes un personnage d’un poème épique… qui parle de perdants.

Mais le pouvoir de Bruce Springsteen n’est pas là. Son pouvoir, c’est qu’à chaque fois que je le vois faire quelque chose, il donne tout ce qu'il a. A chaque fois. Et ce qui est beau concernant cet homme, c’est qu’il donne tout ce qu'il a pour sa famille. Il donne tout ce qu'il a pour son art. Il donne tout ce qu'il a pour son public. Et il donne tout pour son pays. Et nous, en tant que destinataires de ce beau cadeau, nous nous retrouvons rajeunis, pour ne pas dire sauvés. Et je te remercie.

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Ce discours a été prononcé au Kennedy Center Opera House à Washington DC, le 06 décembre 2009, dans le cadre des 32ème Kennedy Center Honors.

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NOTES

(1) Le New Jersey Turnpike est une route à péages qui traverse l'état du sud au nord. Cette route est une des plus empruntées des États-Unis.

(2) La Gremlin, première voiture compacte américain, est un véhicule produit par la marque AMC de 1970 à 1978.

(3) La Pinto est une voiture produite par la marque Ford de 1970 à 1980.


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