Bruce Springsteen
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Par Lynn Goldsmith



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Par Lynn Goldsmith
Ce livre s'adresse à tous ces fans de Bruce Springsteen et du E Street Band qui voulaient savoir ce que c'était que d'avoir un accès libre et total sur la tournée Darkness On The Edge Of Town, ce que c'était que de faire partie intégrante d'un ministère itinérant.

En 1978, il y avait ceux qui pensaient que Bruce était le sauveur du rock'n'roll et ceux qui ne pensaient pas grand chose de lui. Bruce qui ? Mais pour les fans, Bruce Springsteen était un musicien de rock divin, un prédicateur capable d'inspirer à ses adeptes une certaine dévotion, et de les motiver pour inciter à répandre la bonne parole, comme s'il était le Messie. Ses spectacles représentaient bien plus qu'une place de concert, ses albums bien plus qu'une musique de fête. Bruce Springsteen et le E Street Band étaient une religion. Les gens parlaient de Bruce comme s'il avait sauvé leur âme, comme s'il avait donné un sens à leur vie. Les disques et, plus important encore les concerts, semblaient déclencher quelque chose de très intime – quelque chose que chacun savait déjà sur son propre compte, mais sans jamais en avoir pris conscience. Comme un sens partagé de la perte, une incapacité à s'intégrer à un style de vie préconçue, une impatience. Les fans disaient aux non-croyants qu'ils devaient se rendre à des concerts – eux aussi seraient convertis. Tout ce qu'ils avaient à faire était de se procurer une place pour un des spectacles.

Qu'est-ce que c'était pour Bruce ? Pour lui, la vie se résumait à écrire, faire des disques et partir en tournée. C'était une expérience à-la-vie-à-la-mort. A chaque fois qu'il montait sur scène, c'était une occasion pour lui d'entrer en contact avec les gens. Il en ressentait le besoin. Ce qui ne voulait pas dire qu'il s'y sentait à l'aise. En fait, il en avait peur, mais une fois sur scène, il était évident à ses yeux que c'était l'endroit où il devait se trouver et c'était ce qu'il devait faire.

Le début de la tournée Darkness On The Edge Of Town s'est déroulé dans de petites salles. Les concerts se jouaient à guichets fermés sur les deux côtes, cependant peu de gens avaient entendu parler de lui dans le centre des États-Unis. En 1978, les stations de radio passaient la musique d'artistes tels que Fleetwood Mac, Jackson Browne, et les Eagles. A cause du registre vocal bas de Bruce, il ne passait que rarement sur les grandes radios. Les salles de spectacles d'une capacité de 300 personnes ne vendaient peut-être qu'une trentaine de places. Ce qu'il y avait de plus frappant en assistant à ces concerts, c'était que Bruce et le groupe mettaient la même dose d'énergie pour ces quelques sièges, comme ils le faisaient devant une salle pleine. Pour le E Street Band, tout ce qui comptait, c'était d'atteindre cette expérience à jouer ensemble, sur scène. Ils étaient fiers de faire partie intégrante de cette musique, de jouer à côté d'une personne qui travaillait sans relâche, car il croyait en l'esprit du rock'n'roll. Grâce à cette musique, le groupe savait qu'ils rempliraient des stades, un jour, mais ils s'étaient engagés, même si cette époque ne devait jamais arriver. Ils étaient sur la route pour se rapprocher de leurs fidèles, pour qu'ils propagent la bonne parole, et pour convertir ceux qui n'avaient pas apprécié la musique au cours des spectacles précédents. Ainsi, Bruce et le groupe transcendaient la vie de tous les jours.

A chaque représentation, Bruce poussait le groupe à aller encore plus loin. A la suite de chaque concert, il rencontrait le groupe en coulisses et parlait de ce qui marchait et de ce qui ne marchait pas. Bruce faisait enregistrer la plupart des concerts pour voir la façon dont ils pourraient être améliorés, et pendant que le groupe voyageait jusqu'à la prochaine ville, Bruce écoutait la performance dans le bus. Tout le monde dormait quelques heures jusqu'à leur arrivée dans la ville suivante vers les 06 heures du matin. Ils allaient dans un hôtel, rattraper le sommeil perdu, puis partait pour la salle de concert vers les 13 heures 30. Bruce et le groupe travaillaient sur de nouvelles manières de jouer certaines chansons pour le concert du soir. Pas un seul concert ne ressemblait à un autre. Il essayait toujours de nouvelles approches en gardant certaines tonalités et certaines répliques.

Bruce voulait que chaque personne assistant au concert en fasse de même. Il se comportait comme si c'était sa propre famille qui venait assister au spectacle pour la première fois. Au cours des répétitions, alors que le groupe jouait sur scène, Bruce se promenait dans la salle, s'asseyant à différentes places, écoutant le son, et vérifiant ce que serait capable de voir celui qui possédait le précieux sésame. S'il pensait que les sièges n'étaient pas assez bien placés, il refusait de laisser le promoteur vendre ces places-là. Les places derrière la scène n'étaient jamais vendues.

Les répétitions duraient trois heures environ. Le travail de Max semblait le plus éprouvant physiquement. Les spectacles durant au moins trois heures, Max jouait de la batterie six heures par jour. Il n'était jamais fatigué. Il voulait être le meilleur – pas simplement pour lui-même, mais pour Bruce.

C'était un autre des talents de Bruce; il pouvait obtenir des autres musiciens qu'ils soient à leur sommet pour sa musique. Ils faisaient partie de quelque chose de réel, quelque chose qu'ils pouvaient respecter, quelque chose qui les mettait à l'épreuve et qui leur donnait une image positive dans l'industrie musicale, quelque chose qui avait un sens. Bruce n'était pas forcément leur meilleur ami; il était clair que bien qu'ils soient tous amis, il restait encore le ''Boss''. C'était un peu différent concernant Steve. S'il y avait une personne dans le groupe qui pouvait tenir tête à Bruce ou juste exprimer ses sentiments honnêtes, c'était lui. Il savait qu'il partageait une certaine fraternité avec Bruce, une fraternité que les autres n'avaient pas. Cependant, lui aussi était parfois prudent avec le ''Boss''.

Dans le bus, Bruce avait son propre espace à l'arrière. Il regardait l'Amérique défiler derrière les vitres. L'image semble séduisante, mais ce n'était pas le cas. Comme le moteur du bus se trouvait à l'arrière, il y avait des tremblements incessants, ainsi que le bruit dérangeant du moteur. Les autres membres du groupe dormaient dans de minuscules couchettes au milieu du bus.

Dans les coulisses, il y avait toujours deux loges – une loge spacieuse avec beaucoup de nourriture pour Bruce et une plus petite pour l'ensemble du groupe. Peu de gens entraient dans la loge de Bruce sans y avoir été invité. Y compris les membres du groupe. Ils auraient pu, mais ils ne le faisaient pas. Ils avaient peur de s'immiscer dans les pensées de Bruce. Il était rare que Bruce aille dans leur loge avant le concert. Il n'y avait pas de prières de groupe, pas de cris, ou de mains qu'on se tape. Il se rendait dans leur loge surtout pour vérifier ce qu'ils portaient, surtout Clarence. Bruce savait ce qu'il voulait comme sonorité pour le groupe et il savait à quoi il voulait qu'ils ressemblent. Vous ne pouviez pas porter quelque chose que Bruce ne voulait pas que vous portiez. Springsteen et le groupe allaient sonner et apparaître comme un groupe d'individus unis.

Environ vingt minutes avant d'entrer en scène, le roadie avertissait Bruce de l'imminence du début du spectacle. Il était souvent en train d'écouter des cassettes d'artistes classiques du R&B, des cassettes qu'il trimballait avec lui dans une petite mallette. Il élaborait ce qu'il allait dire sur scène et répétait quelques mouvements devant le miroir. Il commençait à devenir vivant. Le groupe montait sur scène en premier, puis une lumière frappait Bruce. On avait l'impression qu'il était sorti de l'obscurité pour partager la rédemption à travers le rock'n'roll de sa douleur personnelle.

A l'automne '78, alors que la tournée avançait, il a été question de jouer dans des salles plus grandes. Bruce jouerait-il au Madison Square Garden ? Il aurait s'agit d'un trophée pour n'importe quelle rock star, mais Bruce n'en voulait pas. Il aimait jouer dans des salles qui ne contenaient pas plus de 2 500 places, là où il pouvait sauter de la scène jusque dans la foule. Il souhaitait rester en contact avec ses racines. Se décider à jouer au Garden était une question sur laquelle il s'est torturé, mais il a finalement décidé de le faire. Bruce avait un ami de longue date du New Jersey qui l'a conduit au concert. Il ne voulait jamais utiliser de limousines. Il voulait rester simple.

@2000, Lynn Goldsmith (1)
Par Lynn Goldsmith

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Ce texte est la préface du livre de photographies "Springsteen - Access All Areas" de Lynn Goldsmith, paru en 2000 chez Universe, et qui retrace en images la tournée Darkness On The Edge Of Town.

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NOTES

(1) Lynn Goldsmith est une célèbre photographe américaine, petite amie de Bruce Springsteen à la fin des années 1970.


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