Bruce Springsteen
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Episode 5 - Chacun pour soi : L'Argent et le Rêve Américain

Renegades : Born In The U.S.A.



****

POTUS BARACK OBAMA: Donc... Avance rapide, au cours des années 70, je suis au collège, et puis au lycée. Et je vois tout ça par le prisme de mes grands-parents avec lesquels je vivais la plupart du temps. Et ils étaient de l'époque de la Dépression, la Seconde Guerre Mondiale.

BRUCE SPRINGSTEEN: D'accord, tout comme mes grands-parents.

POTUS BARACK OBAMA: Et nous vivions dans un appartement à Honolulu. Peut-être 100 mètres carré ? Je me souviens y être retourné en tant qu'adulte et juste me dire, « Oui, c'est... très modeste ». Mais à cette époque-là, je ne me suis jamais, jamais dit, « Wow, je n'ai pas beaucoup ».

BRUCE SPRINGSTEEN: Non.

POTUS BARACK OBAMA: Et je ne considérais pas que le monde m'était exclu parce que je n'étais pas riche.

BRUCE SPRINGSTEEN: D'accord.

POTUS BARACK OBAMA: Et mes grands-parents, ils voulaient que j'aille à l'université et ils se sont sacrifiés pour que j'aille dans un collège privé pour s'assurer plus ou moins, à moins qu'on me jette pour alcoolisme...

ENSEMBLE: [rires]

BRUCE SPRINGSTEEN: Mhmm.

POTUS BARACK OBAMA: ...que j'aille à l'université.

BRUCE SPRINGSTEEN: [rires]

POTUS BARACK OBAMA: Je raconte cette histoire, tu sais, je ne veux pas...

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: Je veux dire, nous ressemblons à ces vieux types.

BRUCE SPRINGSTEEN: [rires] C'est horrible. C'est si triste.

POTUS BARACK OBAMA: « Mec, j'avais l'habitude d'aller à l'école pieds nus » et bla bla bla.

BRUCE SPRINGSTEEN: [rires] C'est si triste.

POTUS BARACK OBAMA: Mais je pense que toi et moi avons ce même sentiment, le changement a eu lieu autour des années 80.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: Début des années 80. Juste après l’élection de Reagan, tu sais quand il brise le syndicat des contrôleurs aériens (4). Nous avons une stagflation.

BRUCE SPRINGSTEEN: Exactement. Et c'est le début des médias qui font leur une sur « Le mode de vie des riches et célèbres », amenant la culture du matérialisme dans chaque foyer, 24 heures/24, et tout à coup, on s'entend dire, « Tu n'est pas assez bon, si tu ne possèdes pas ceci ».

POTUS BARACK OBAMA: « Ce truc »

[Un synthétiseur joue]

C'est pile l'époque où je déménage pour New York. Et New York commençait à sortir de la banqueroute. Mais Wall Street déferle. C'est l'époque de la sortie du film Wall Street et de « L'avidité est une bonne chose » (5)

BRUCE SPRINGSTEEN: Exact.

POTUS BARACK OBAMA: Michael Douglas et ses cols montants.

BRUCE SPRINGSTEEN: Mhmmm. Et le...

ENSEMBLE: Et les énormes téléphones portables.

BRUCE SPRINGSTEEN: [rires] De la taille d'un sac !

POTUS BARACK OBAMA: Et...

[Extrait de Wall Street - Gordon Gecco: « L'avidité, retenez ce que je dis, ne sauvera pas seulement Teldar Paper, mais cette autre entreprise appelée U.S.A. Merci beaucoup (Applaudissements)]

[Le synthétiseur s'estompe]

POTUS BARACK OBAMA: Manhattan en 81, 82, 83 est le perchoir idéal à partir duquel tu observes ce changement de culture. C'était l'épicentre en quelque sorte. Et comme tu le dis, c'est incontournable, d'un coup d'un seul. C'est un peu comme cette pièce de David Mamet, Glengarry Glen Ross (6)

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: Où tu as une équipe de vendeurs. Le type dit, « Ah, première place, tu as la Cadillac. Ah seconde place, les couteaux à viande. Troisième place, tu es viré »

ENSEMBLE: [rires]

POTUS BARACK OBAMA: Exact ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Exact. C'est...

POTUS BARACK OBAMA: Il y a soudain ce sentiment que, « Hey – Tu vois...

[Le synthétiseur joue en fond]

BRUCE SPRINGSTEEN: Impitoyable !

POTUS BARACK OBAMA: « ...Dans ce jeu capitaliste, soit tu vas perdre, soit tu vas gagner, et tu ne souhaites pas être à la traîne ». Ce que je voyais à l'époque chez mes collègues, parce que j'allais à l'université, c'était ce changement de mentalité chez les jeunes, « Si je ne vais pas à Wall Street ou dans un cabinet d'avocats bourgeois pour valider mon billet, alors je peux commencer à descendre de l'échelle ».

[Le synthétiseur s'estompe]

BRUCE SPRINGSTEEN: Laisse-moi te donner un « exemple »... Mes enfants vont à l'école. Belle petite école primaire de l'autre côté de la rue, devant chez moi. J'y vais pour la rentrée des parents.

POTUS BARACK OBAMA: D'accord.

BRUCE SPRINGSTEEN: Présentation.

POTUS BARACK OBAMA: D'accord.

BRUCE SPRINGSTEEN: Ah, je m'assois. La première chose que le maître fait, il se lève et dit, « Les parents, je ne veux pas que vous vous inquiétiez lorsque votre enfant fera son premier jour chez Bear Stearns... » (7)

POTUS BARACK OBAMA: [rires]

BRUCE SPRINGSTEEN: [rires] Et c'est la première salve.

POTUS BARACK OBAMA: [rires]

BRUCE SPRINGSTEEN: Mon fils avait juste 4 ans ! [rires] Tu vois ? Mais c'était ce qu'il y avait dans l'air à ce moment-là.

POTUS BARACK OBAMA: Oui, tu pouvais la ressentir, cette anxiété. Et lorsque j'ai dit que j'allais travailler comme travailleur social pour la communauté (8), cette idée que...

BRUCE SPRINGSTEEN: [rires]

POTUS BARACK OBAMA: ...ayant été diplômé de cette université, j'ai emprunté un chemin professionnel que personne ne pouvait vraiment comprendre, qui n'avait aucun sens. Mais tu sais, le mouvement existe à nouveau, avec en toile de fond les entreprises qui déménagement à l'étranger, les syndicats en faillite. Les PDG, au cours des années 50 et 60, gagnaient peut-être 30 fois...

BRUCE SPRINGSTEEN: Exactement.

POTUS BARACK OBAMA: ...ce que le travailleur ou travailleuse moyen gagnait sur la chaîne de montage. Aujourd'hui, c'est 300 fois plus.

BRUCE SPRINGSTEEN: Exactement.

POTUS BARACK OBAMA: Donc ce qui passe tout à coup pendant les années 80... Tu as une politique menée par Ronald Reagan, qui explique que le gouvernement est un problème. « Réduisons les impôts, réduisons le service public ». Ce qui implique également de réduire les emplois publics, de réduire les emplois dans le syndicalisme, et ce qui signifiait... La combinaison des usines qui partent avec les emplois du secteur public qui partent, anéantit l'opportunité pour les noirs, en particulier, mais aussi pour les femmes de couleur, de trouver un travail. Et finalement, au moment où la porte s'ouvre, dans une période post-Mouvement des Droits Civiques...

BRUCE SPRINGSTEEN: Exactement.

POTUS BARACK OBAMA: ...pour certains de ces boulots qui leur avaient été précédemment interdits, l'herbe leur est coupée sous le pied. Il y a donc un tournant dans la façon dont le capitalisme opère, et il y a une stagnation des salaires et les inégalités se creusent grandement. C'est donc juste...

BRUCE SPRINGSTEEN: Et la classe moyenne...

POTUS BARACK OBAMA: ...un changement de mentalité qui devient une réalité à proprement parler.

BRUCE SPRINGSTEEN: ...devient écrasée.

POTUS BARACK OBAMA: Oui.

BRUCE SPRINGSTEEN: Tu vois ?

POTUS BARACK OBAMA: Elle devient écrasée.

BRUCE SPRINGSTEEN: Et donc, la question est, ou une des questions est, Est-ce que les années 40 et 50, et un peu des années 60, ont juste été une cassure entre deux Ages d'Or ?

POTUS BARACK OBAMA: Et la réponse est un grand oui.

[Bruce Springsteen gratte les cordes d'une guitare]

BRUCE SPRINGSTEEN: Donc, j'ai écrit cette chanson en 1982 ou 1981, peut-être. Elle s'appelle Atlantic City.

[Bruce Springsteen gratte sa guitare]

BRUCE SPRINGSTEEN: [Il chante] Ils ont fait sauté Chiken Man la nuit dernière à Philly... Ils ont aussi fait sauter sa maison... Sur la promenade ils se préparent au combat... On va voir ce que ces racketteurs sont capables de faire... Aujourd'hui, il y a des gangs qui arrivent d'autres États...

BRUCE SPRINGSTEEN: Au début... Pendant les années 80, il y a une peur qui flotte dans l'air.

POTUS BARACK OBAMA: Oui.

[Bruce Springsteen joue Atlantic City en fond]

BRUCE SPRINGSTEEN: Vraiment. On peut peut-être remonter à la fin de la Guerre du Vietnam, et... Mais il y a une peur qui flotte dans l'air et dans l'idée du Rêve Américain, une peur qui n'existait pas avant parce que... J'ai écrit un album très particulier au début des années 80, dont le titre est Nebraska -

POTUS BARACK OBAMA: Oui, magnifique.

BRUCE SPRINGSTEEN: C'était un disque très calme qui traitait de tous ces sujets de l'époque, tu vois ? J'écris sur ces choses-là lorsque je n'en suis pas si conscient. En fait, je suis ce que je sens flotter dans l'air.

POTUS BARACK OBAMA: D'accord.

[Bruce Springsteen joue de l'harmonica]

BRUCE SPRINGSTEEN: [Il chante] J'avais un boulot et j'ai essayé de mettre mon argent de côté... Mais j'avais des dettes qu'aucun honnête homme ne pouvait rembourser... Alors, j'ai retiré ce que j'avais à la Central Trust... Et je nous ai acheté deux billets pour ce bus de la Côte... Tout meurt...

BRUCE SPRINGSTEEN: Et c'est ce que j'ai commencé à faire. Combiné à la vie de mon père, de mon expérience à Freehold, là où j'ai vu ce qui se passe lorsque les problèmes arrivent et que l'usine déménage dans le Sud en un clin d’œil, avec tous les employés se retrouvant sans emploi, et le prix que...

[Bruce Springsteen joue Atlantic City en fond]

...Et le prix qui était payé par les familles en ville et par la mienne, m'a fait prendre un chemin que j'ai continué à emprunter. Et vraiment, comme je l'ai dit, je n'écrivais pas avec l'idée en tête d'être socialement conscient ou avec une sorte de conscience. Je racontais juste les histoires que je ressentais à cette époque-là. Tu comprends ?

POTUS BARACK OBAMA: Oui.

BRUCE SPRINGSTEEN: [Il chante] Nous allons là où le sable se transforme en or... Alors, mets tes bas ma chérie, car la nuit devient fraîche... Et tout meurt ma chérie, c'est une évidence... Mais peut-être que tout ce qui meurt un jour revient...

[Bruce Springsteen joue Atlantic City et la musique s'estompe]

[PAUSE]



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