Bruce Springsteen
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Episode 6 - Lutter contre les fantômes : Les Hommes Américains

Renegades : Born In The U.S.A.



POTUS BARACK OBAMA: Le message que la culture Américaine envoie aux jeunes garçons sur la signification qu'implique d'être un homme est un sujet constamment abordé par Bruce et moi. C'est un message qui, en dépit de tous les changements qui ont eu lieu dans notre société, n'a pas vraiment changé depuis que nous sommes enfants: l'accent mis sur la force physique et sur les émotions à réprimer, la clé du succès définie par ce que tu possèdes et ton habileté à dominer. Plutôt que sur ton habileté à aimer et à se soucier des autres. La tendance qui consiste à traiter les femmes comme des objets à posséder plutôt que comme des partenaires accomplies et des concitoyennes.

Plus nous en parlions, plus il devenait évident que ces idées étroites et déformées sur la masculinité avaient contribué pour beaucoup aux tendances néfastes que nous continuons à observer dans le pays. Que ce soit l'inégalité grandissante dans notre économie ou notre réticence totale à trouver des compromis dans notre politique. Et peut-être, comme Bruce et moi l'avons réalisé, sommes-nous plus sensibles à ces sujets-là, du fait des relations compliquées que nous avons entretenues avec nos pères respectifs; des rôles de modèles imparfaits avec lesquels nous avons passé la plupart de notre vie à composer.

[Les cordes jouent]

****

BRUCE SPRINGSTEEN: Tu sais, mon père, je m'en souviens, était ce genre de type où, un jour, je lui ai amené une caméra. Je lui ai dit, « Papa, je veux que tu me racontes l'histoire de ta vie ». La vidéo a duré cinq minutes [rires]

ENSEMBLE: [rires]

BRUCE SPRINGSTEEN: Et, en gros, il ne m'a rien dit. C'était juste un... C'était un homme mystérieux, et je suis obligé de croire, une grande montagne de secrets. Et je pense qu'il tenait ce trait-là de son père, et la seule chose que je savais sur mon grand-père, c'était qu'il avait disparu pendant plusieurs temps, et qu'il était revenu à la maison.

POTUS BARACK OBAMA: Et personne ne savait où il était ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Non, non, non.

POTUS BARACK OBAMA: Ou ce qu'il faisait ?

BRUCE SPRINGSTEEN: C'était devenu une partie de sa vie, et mon père portait en lui cette tradition du secret sur sa propre vie. Vraiment, quand j'y pense, mon père disparaissait pendant une journée, une semaine, et il restait toujours seul, et ma mère était à la maison avec nous, et j'étais incapable de te dire où il allait ou ce qu'il faisait pendant ces périodes particulières. Et c'était quelque chose qui a été transmis et quelque chose sur lequel j'ai été obligé de travailler dur afin de ne pas reproduire.

POTUS BARACK OBAMA: Tu vois, ce qui était intéressant pour moi, c'était que je n'avais pas mon propre père à la maison. J'ai eu un beau-père pendant un moment.

BRUCE SPRINGSTEEN: Pendant combien de temps as-tu eu un beau-père ?

POTUS BARACK OBAMA: Et bien, j'ai vécu avec lui pendant probablement quatre ans, de l'âge de 6 ans jusqu'à mes 10 ans. C'était un homme gentil, qui m'a bien traité, qui m'a appris comment boxer et puis...

BRUCE SPRINGSTEEN: Que lui est-il arrivé ?

POTUS BARACK OBAMA: Il était Indonésien. Nous avons déménagé en Indonésie. Nous avons habité là-bas pendant quatre ans. A l'âge de 10 ans, ma mère, qui s'inquiétait pour mon éducation, prend une décision, « Ok, j'ai besoin d'envoyer Barry » - qui était mon surnom à cette époque-là - « J'ai besoin de le renvoyer à Hawaï pour qu'il ait une éducation américaine ». Je suis donc revenu vivre avec mes grands-parents aux États-Unis, et à ce moment-là, le mariage entre ma mère et mon beau-père commençait déjà à battre de l'aile quelque peu. Ils se sont séparés amicalement. Et, juste après, il a eu une affection du foie et il est mort très jeune.

BRUCE SPRINGSTEEN: Ohhh...

POTUS BARACK OBAMA: Et je me souviens avoir sangloté, tu sais, lorsqu'il est mort.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: Même si...

BRUCE SPRINGSTEEN: Et bien, si tu as pleuré lorsqu'il est mort...

POTUS BARACK OBAMA: Oui, il avait un impact.

Une des choses qu'implique de ne pas avoir un père à la maison, c'était aussi de ne voir personne qui avait une activité ou un commerce ou une profession qui ressemblait à quelque chose que tu pouvais imiter ou faire.

BRUCE SPRINGSTEEN: Quel âge a ton grand-père à ce moment-là ?

POTUS BARACK OBAMA: Tu sais, il était relativement jeune. Il avait probablement – ma mère avait 18 ans seulement quand elle m'a eu - donc il avait probablement 45 ans lorsque je suis né, ce qui veut dire qu'à mes 10 ans, lorsque je suis devenu adolescent, il ne devait pas être beaucoup plus âgé que moi aujourd'hui. Bien qu'il paraissait beaucoup plus vieux.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: Il vivait comme avant. Et c'est en partie générationnel.

BRUCE SPRINGSTEEN: Et tu dois prendre exemple sur un homme blanc de 55 ans.

POTUS BARACK OBAMA: Oui, ce qui ne... Il y a... Il n'y avait rien en lui, et je l'aimais profondément et je vois encore en moi certains de ses traits, mais il n'y avait rien en lui qui me faisait dire, « Oh, c'est ce que je devrais être ». Et c'est une personne qui, en fin de compte, n'était pas satisfaite de sa vie.

BRUCE SPRINGSTEEN: Mhmm.

POTUS BARACK OBAMA: Parce qu'il avait de grands rêves qu'il n'a jamais vraiment exaucés. C'était ce genre de personne qui, lorsque j'avais 10 ans, le week-end, il s'asseyait et il dessinait le type de maison qu'il aurait aimé construire.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: Et il faisait des dessins d'architecte qu'il avait appris à faire en regardant des magazines...

BRUCE SPRINGSTEEN: Mhmm.

POTUS BARACK OBAMA: ...avec d'infinis détails, mais la maison ne s'est jamais construite.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: Et ma grand-mère, elle, était pragmatique, elle s'était frayée un chemin en travaillant, d'abord comme employée pour devenir ensuite vice-présidente de la banque locale, et elle a fini par être celle qui faisait bouillir la marmite de notre famille, ce qui était pour cette génération, source de ressentiment.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui, comme ma mère.

POTUS BARACK OBAMA: Mais c'était tacite. Mais je, mais je raconte juste cette histoire pour revenir à ce dont nous parlions plus tôt, il n'y avait pas vraiment de modèle évident que je pouvais suivre. Et le fait d'être à Hawaï, où il n'y avait quasiment aucun homme afro-américain, signifiait que je devais vraiment reconstituer ce modèle par moi-même.

Donc, en tant qu'adolescent, j'essayais de me dire, « Ok, qu'est-ce que ça signifie qu'être un homme ? ». Ça signifie que tu dois être un athlète, d'accord ? Et le basket-ball devient donc mon obsession. Ça signifie que tu dois courir après les filles, avec succès ou pas [rires]

BRUCE SPRINGSTEEN: Je n'y arrive pas jusqu'à présent, mais avance, continue [rires]

POTUS BARACK OBAMA: Tu dois faire ça. Combien de bières tu pouvais descendre ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Oh mec.

POTUS BARACK OBAMA: Comment... Jusqu'où pouvais-tu aller ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: Étais-tu dans un club ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: D'accord ? Et c'était de cette façon-là que la culture te disait la manière de devenir viril. Et si tu n'avais pas de père au sein de ton foyer, tu choisissais tes modèles dans la culture populaire. Tu regardes les films de James Bond ou tu regardes Shaft ou Superfly (1), comme dans mon cas, et particulièrement les athlètes. Qui deviennent des modèles de force et de calme.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui. Je pense que tu as raison pour toutes ces choses-là. Mais si j'avais fait n'importe laquelle des choses que tu as listé, je ne serais jamais devenu une rock star !

ENSEMBLE: [rires]

BRUCE SPRINGSTEEN: Jamais ! Les personnes qui font mon métier étaient des personnes qui ne pouvaient faire aucune de ces choses-là, ils devaient donc suivre une route alternative.

POTUS BARACK OBAMA: [rires] Pour sortir avec des filles.

BRUCE SPRINGSTEEN: Pour faire ces choses-là ! Avoir des filles. Picoler. Dominer. Vraiment, tu sais... j'avais... L'arc de mon travail était assez amusant, car j'ai été le plus populaire, à mon sens, lorsque j'ai eu une image qui me ressemblait le moins, tu comprends ?

[Extrait de concert de Bruce Springsteen & E Street Band jouant Stand On It: « Donc, vous pensez que vous pouvez nous avoir ? »]

BRUCE SPRINGSTEEN: J'avais une image très mâle-alpha.

[Extrait de concert de Bruce Springsteen & E Street Band jouant Stand On It: « Donc, vous pensez que vous êtes des durs ici en Californie ? » (acclamations)]

BRUCE SPRINGSTEEN: En plein milieu des années 80, période Reagan.

POTUS BARACK OBAMA: Le Boss.

BRUCE SPRINGSTEEN: Juste. Et ce point de vue sur les États-Unis comme un pays puissant et autoritaire était résurgent.

[Extrait de concert de Bruce Springsteen & E Street Band jouant Stand On It: “Well Jimmy Lee was hookin' 'round the far turn of a funky southern Florida dirt track... He had mud caked on his goggles and a screamin' 350 stacked up on his back...]

BRUCE SPRINGSTEEN: C'était donc amusant de voir à quoi je ressemblais et me dire que j'avais poursuivi moi-même, à ma façon, cet archétype-là. Je veux dire, quoi de plus autoritaire que de monter sur la scène d'un stade devant 50,000 spectateurs.

POTUS BARACK OBAMA: Avec une batterie et un peu de fumigènes [rires]

BRUCE SPRINGSTEEN: C'est comme un gladiateur, non ? [rires] C'est une expérience de gladiateur, d'une certaine manière.

POTUS BARACK OBAMA: Oui.

BRUCE SPRINGSTEEN: Je ne peux donc pas nier cet aspect qui a joué sur moi et qui m'a apporté de la satisfaction.

[Extrait de concert de Bruce Springsteen & E Street Band jouant Stand On It: “Come on boy…. Stand on it…]


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