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Los Angeles, 08 février 2013

MusiCares Person of the Year 2013



Los Angeles, 08 février 2013

Merci. Merci beaucoup...

C’est une expérience qui fait un peu peur tout ce truc. C’est le mariage italien que Patti et moi n’avons jamais eu, une sorte d’immense Bar Mitsvah. Votre vie défile en quelque sorte. John Legend m’a fait ressembler à Gershwin, j’ai adoré ça ! Neil Young m’a fait ressembler aux Sex Pistols, j’ai adoré ça !

Quelle soirée, une sacrée soirée. Ça me rend fier d’être musicien.

Ce soir, nous sommes avec ma maman, elle a 87 ans et elle est ici avec moi. Ma sœur, dont c’est l'anniversaire. Bon anniversaire frangine ! Notre adorable fille est avec moi ce soir, et son copain. Et Franky et Marianne, mes cousins, qui ont élevé nos enfants avec nous. Merci Franky et Marianne d’être avec moi ce soir. Vous avez dû marcher sur le tapis rouge. C’était drôle ! Et Patti, que puis-je dire ? 25 ans que nous sommes ensemble. Je t’aime. Je t’aime. Je suis heureux que vous puissiez tous partager cette soirée avec moi.

Je suis heureux d’être ici pour [la fondation] MusiCares. C’est une organisation formidable qui prend soin des musiciens. Ils prennent soin des gens qui ont pris soin de nous, avec leurs voix et avec leurs chansons, avec leur sang, leur sueur et leurs larmes, et leur art charmant et formidable. Les gens dont la musique nous a inspirés, et a apaisé nos cœurs brisés, nous a mis en colère. La musique qui a accompagné nos mariages, nos divorces. La musique qui est avec nous lors de nos jours les plus sombres, qui nous a soutenus dans la guerre et la paix, nous a fait rire, nous a rendus forts, nous a aidé à ne pas être stupides, et nous a formés et aimés.

Los Angeles, 08 février 2013
La musique, croyez-vous en la magie ?

Aucune foi n’est requise, absolument aucune, parce que tout est comme ce soir, comme ici devant vous. Je l’ai vue. Je fais partie du miracle de la musique. J’ai vu des gens fatigués, déprimés et épuisés, vidés, si abattus. Et je les ai vu revivre, se lever de leur siège et danser. Les Talibans ne gagneront jamais; ni maintenant, ni jamais, ni ici, ni à Tombouctou, en interdisant la musique et la danse. Ne le leur dites pas ! A la minute où vous le faites, vous vous catégorisez comme un tyran et vos jours paisibles sont comptés. A la minute où Tombouctou a été libérée, qu’ont fait les gens ? Ils ont joué de la musique et ils ont dansé. Et j’étais si heureux de lire ça dans la presse. J’étais heureux pour eux et heureux pour nous. Vive la France ! (en français dans le texte, ndt) (1)

Il n’y a pas de triomphe sans musique, parce que la musique, c’est la vie, la musique c’est les oiseaux qui chantent, les herbes qui bruissent dans les champs, qui se répandent dans le vent, à travers les feuilles de cet arbre qui se trouvait dans le jardin de la maison de votre enfance. C’est la terre et les étoiles qui roulent dans le ciel, à la nuit tombée. Avant qu’un homme ou une femme aient entendu son nom, ils ont entendu la musique. Ils ont entendu le vent frôler leur tympan, les herbes bourdonnant d’insectes, les oiseaux tapant et se balançant dans les arbres.

Merci MusiCares de prendre soin des musiciens, parce que nous ne sommes pas doués avec notre argent... Nous le dépensons trop librement et pour tellement de choses stupides. Nous le dépensons pour boire, pour consommer de la drogue, nous aimons trop de gens et les mauvaises personnes. Nous sommes les mauvaises personnes ! Nous détruisons la vie de beaucoup de gens, de beaucoup de gens. Nous aimons mettre le feu chez nous, alors que nous dansons dans la rue ! Nous sommes une communauté de frères et de sœurs magiques et foireux ! Et nous avons besoin de vous, parce que de temps en temps, nous faisons les choses bien, et nous le chantons... Nous le chantons, et nous sommes musiciens.

Prenez mon cas par exemple...

Ce soir, je suis ici sous un prétexte complètement faux, parce que quelque soit la philanthropie que j’ai toujours pratiquée, elle impliquait tout simplement que je joue de la guitare, pour faire entrer un peu d’argent et attirer l’attention sur les personnes qui font vraiment leur travail. Elle ne devrait pas compter plus que ça. J’allais jouer de la guitare, de toute façon...

Et en fait, je suis ici ce soir parce que l’année dernière, M. Landau, mon manager, m’a appelé et il m’a dit: ''Boss, qu’est-ce que tu penses d’ouvrir les Grammy’s cette année avec ta nouvelle chanson ?'' Et nous avions un nouveau disque. Je pensais que c’était un des meilleurs disques que j’avais jamais fait, et je voulais donc en faire la promotion. Et j’ai dit: ''C’est une très bonne idée !'' Il a dit: ''Je vais tout de suite appeler Ken Ehrlich" (C’est le producteur des Grammy’s. Je l’ai rencontré en 1996, je crois, quand j’ai chanté The Ghost Of Tom Joad. Il m’avait placé sous 10 000 lumières, on aurait dit que j’allais être enlevé par des extra-terrestres ! Mais peu importe...) J’ai dit: "Vas-y, appelle Ken !" John me rappelle le lendemain et il me dit: "Ken adore la chanson et ça lui plairait beaucoup qu’un homme de 63 ans ouvre la cérémonie des Grammy’s et… et il aimerait que tu sois la personnalité MusiCares de l’année" Je suis presque certain qu'il a dit "et", ou peut-être a-t-il dit "si". En fait, il a peut-être dit: "Si tu acceptes d’être la personnalité MusiCares de l’année..." Ou il a peut-être dit "et"... et puis il a fait une très longue pause pour que "et" devienne "si", alors que la phrase était en suspens. Et il a dit: "Nous y serons de toutes façons pour que tu ailles chercher ton prix du Meilleur Album (parce que nous sommes optimistes)" Alors, même si j’ai réuni tous ces gens, dont certains sont mes grands héros, tous ces jeunes, ici ce soir, ces musiciens fabuleux, la soirée avait ses origines dans une opération de promotion mercenaire !

Mais c’est une belle soirée parce que les gens ont fait de la musique...

J’ai passé une des plus agréables soirées de ma vie aujourd’hui ! J’ai mené des enchères. D’une certaine manière, la boucle est étrangement bouclée. Ben Harper a été accompagné par Charlie Musselwhite à l’harmonica. J’ai fait la première partie de Charlie Musselwhite dans un petit club à San Francisco - il ne s’en souviendra pas - quand j’avais l’âge de ma fille.

Et j’ai Patti Smith ici dans ma vie à nouveau. J’ai toujours appelé cette chanson ''notre chanson'. Mais vraiment, c’est ''sa chanson''. Je ne l’aurais jamais terminée, je n’avais pas d’histoire... Et la belle histoire du coup de téléphone de Fred... et si je l’avais terminée, je n’aurais jamais fait un hit avec. Je joue cette chanson presque chaque soir, alors, c’est ta chanson et je te remercie d’être présente avec tous les autres musiciens. C’est ce qui vous rend humble: c’est merveilleux de voir les gens venir et chanter votre musique, des jeunes musiciens.

Les musiciens, comme les grands musiciens qui sont réunis ici ce soir, sont un groupe de personnes en quête perpétuelle, des chercheurs-nés, nés pour se perdre, car c’est le cas à 98%, et puis tout d’un coup, vous arrivez à destination. Tout le monde cherche en permanence la force qui soutient le meilleur de nous-même, et qui cherche ce qu’il y a de meilleur en vous, nos fans et notre public. Nous voulons être formidables. Comme Neil l’a dit dans son livre: être bon ou partir. Nous voulons être formidables. Nous voulons compter dans votre vie. C’est tout ce qui m’importait. Je me fichais de savoir si je serai riche ou célèbre, mais je voulais être formidable, plus que tout autre chose. Je voulais compter dans votre vie. Parce que vous entretenez notre quête de cette force qui réactive nos talents, notre capacité à vous donner envie de bouger, danser, aimer, faire l’amour, être en colère, agir. Quand nous jouons, nous voulons que les poils se dressent sur vos bras. Nous voulons que vous sentiez la gloire. Nous voulons que vous soyez heureux d’être en vie et vraiment, à la fin de la journée, c’est l’essentiel.

Mes confrères musiciens, jeunes et vieux ce soir, merci d’avoir pris soin de moi, d’avoir pris soin de mes chansons ce soir. Je ne l’oublierai jamais et je suis redevable à chacun d’entre vous. Vous me donnez l’impression d’être la "Personnalité de l’année".

Maintenant, qu’on me donne ma fichue guitare !
Los Angeles, 08 février 2013

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NOTES

Ce discours a été prononcé le 08 février 2013, sur la scène du Convention Center de Los Angeles (CA), à la veille de la cérémonie des Grammy's Award, lors de la remise du prix MusiCares Person Of The Year 2013.

Le prix MusiCares Person Of The Year récompense chaque année un musicien pour sa réussite artistique dans l’industrie de la musique, ainsi que son dévouement à la philanthropie.

La fondation MusiCares est une organisation qui fournit santé et assistance médicale aux musiciens qui en ont besoin.

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(1) En janvier 2012, l'armée française intervient au Mali pour repousser la rébellion et l'avancée de groupes armés islamistes vers la capitale du pays, Bamako.

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