Bruce Springsteen
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Sounds, 16 mars 1974

Que Dieu bénisse Bruce Springsteen



****

Music Hall,  Houston (TX) - 09 mars 1974
Music Hall, Houston (TX) - 09 mars 1974
C'était après le deuxième concert, dépassant les 02 heures et comprenant de vieux classiques tels que Let The Four Winds Blow et Walking The Dog, que je me suis installé pour parler à Springsteen dans sa loge austère. Les membres du groupe étaient partis, ainsi que le manager/producteur Mike Appel, et Springsteen lui-même regrettait, qu'en dépit de son marathon sur scène, il avait été impossible de jouer tout ce que les gens voulaient entendre. "Nous jouons principalement les chansons que nous avons enregistrées parce que le batteur est avec nous depuis seulement quatre concerts". Quant au départ de Vini Lopez, Springsteen reste volontairement vague. "Il était avec moi depuis quatre ans" dit-il. "Il y avait diverses pressions - la décision a été difficile à prendre".

Il se met de nouveau à tousser et maudit la malchance qui l'a obligée à annuler ces deux concerts. "Nous ne le faisons jamais à moins d'y être vraiment forcés" explique-t-il - et en plus, ces concerts étaient dans le New Jersey, là où il est le plus populaire. "Je veux dire, vous jouez tout le temps à moitié malade, mais il est arrivé un moment où je ne pouvais plus jouer du piano. Je crachais du sang. Je ne suis pas souvent malade mais cette année, nous l'avons été. Nous avons fait tellement de concerts cette année que nous commençons à accumuler... la fatigue... c'est pourquoi travailler sur de nouvelles chansons est une bonne chose et à chaque fois que j'ai la discipline pour me forcer à écrire, j'écris. J'écrivais tous les jours, dans les bus, dans la rue... mais j'ai tendance à être plus critique maintenant, c'est la raison pour laquelle, récemment, je n'ai pas écrit grand chose".

Il est satisfait du résultat de son nouvel album, The Wild, The Innocent & The E Street Shuffle, mais tout comme CBS, il se demande pourquoi les ventes de l'album sont en-dessous de l'attente des journalistes puisqu'il a reçu des critiques élogieuses de tout le monde. "Le nouvel album ressemblait un peu plus à ce que je voulais faire - le groupe a été plus impliqué sur celui-là et les chansons ont été écrites de la façon dont je voulais le faire. Mais j'ai tendance à constamment modifier les arrangements afin de présenter le meilleur matériel, de la meilleure façon, même si le résultat convient souvent au style du groupe. J'essaye simplement de changer un peu les choses pour que tout le monde reste intéressé, comme pour Sandy par exemple. J'aime la version de l'album mais elle était complètement différente jusqu'au soir-même où je l'ai enregistrée et puis je l'ai modifiée".

Bruce affirme qu'en général ses chansons préférées sont celles qu'il a écrites dans un court laps de temps. "For You a vraiment été écrite très vite et The Angel a été écrite en dix ou quinze minutes et c'est une de mes chansons favorites car c'est une des choses les plus sophistiquées que j'ai écrites. "Hey Bus Driver" (Does This Bus Stop At 82nd Street) a été faite vraiment très vite et Blinded By The Light, je l'ai écrite en partie un matin et en partie dans l'après-midi. En fait, la seule chose qui a pris du temps sur le premier album était Spirit In The Night]i".

Il reconnaît que l'environnement de son écriture est différent à présent - cette vie sur le boardwalk lui manque et peut-être que la tournée ne se trouve pas être l'endroit idéal où écrire pour une personne du talent de Springsteen. Mais jusqu'à quel point la confusion dont il parle dans ses chansons est-elle une véritable réflexion de la vie à Asbury ?

"Je vois ces situations se produire quand je les chante" admet-il, "et je connais bien les personnages. Je les utilise dans diverses chansons et je vois leurs silhouettes - ils sont probablement inspirés de gens que je connais où bien ils sont tout simplement là. Il y a beaucoup d'activité dans mes chansons, tout un tas de personnes. C'est comme si vous marchiez dans la rue, c'est ce que vous voyez, mais beaucoup de mes chansons ont été écrites sans aucune musique - c'est juste que j'aime vraiment chanter les paroles !".

Il se met à jouer un morceau qu'il est sur le point de terminer et puis expose ses projets pour l'avenir. "Je voudrais ajouter des filles dans le groupe pour le prochain album, parce que j'ai quelques bonnes idées qui seraient bien plus que des chœurs. Mais en ce moment, je n'ai pas l'argent pour le faire".

Les chansons de Springsteen sont souvent une réflexion alarmante sur la vie dans les rues de New York. "Elles sont écrites pour être plus larges que la vie" dit-il, mais en même temps, il admet ne pas avoir plus d'idées sur la question que quiconque.

"Je n'ai pas vraiment passé beaucoup de temps à New York - le New Jersey était si intense, vous ne pouviez même pas marcher dans la rue. Je suis donc allé à New York et j'ai surtout traîné dans le Village, mais aussi un peu dans le nord de Manhattan. J'étais seul la plupart du temps sans endroit précis où aller mais parfois je traînais avec cet autre type".

Cependant, il était essentiellement un musicien de groupe et il y a quelques mois à peine, il traînait dans les bars, jouant du blues et du rock'n'roll. "Puis, j'ai écrit les premières chansons et si rien ne s'était produit, à ce moment-là, je serais probablement retourné dans les bars".

Il a vite surmonté les problèmes d'égo de ses débuts, se rendant compte de l'influence auto-destructive qu'il avait sur lui-même. "L'erreur se produit quand vous commencez à penser que vous êtes vos chansons" dit-il. "Pour moi, une chanson est une vision, un flash, et ce que je vois, ce sont des personnages et des situations. J'ai assisté à des fêtes foraines à minuit quand ils commencent à tout ranger (Wild Billy's Circus Story) et j'avais peur, j'ai rencontré des gens dangereux. Quant à la situation de Spanish Johnny, et bien, je n'ai jamais été dans ce genre de situation, mais je connais des gens qui ont vécu cette vie".

En ce moment, Bruce travaille avec un groupe assez stable "un groupe de types vraiment bizarres", qui ont envie de venir en Europe, mais sans grand espoir. "Ici, la cadence est continuelle, encore et toujours".

Pour combien de temps pourra-t-il continuer à ce rythme - sur scène tous les soirs, à jouer devant un public de plus en plus nombreux, obsédé par l'idée "que le chanteur est la chanson" - personne ne le sait vraiment.

Mais si j'ai fait 25 000 kilomètres pour voir Springsteen et son groupe par deux fois, il parcourt probablement cette distance en un seul mois - la plupart du temps en train !

Liberty Hall, Houston (TX) - mars 1974
Liberty Hall, Houston (TX) - mars 1974

****

NOTES

(1) Le boardwalk représente le bord de mer d'Asbury Park, New Jersey.

(2) Blackpool est une station balnéaire du Nord-Ouest de l'Angleterre.

(3) Le café Wha ? est un établissement de Greenwich Village, à Manhattan, ouvert dans les années cinquante et qui a connu une très grande popularité au début des années 60, avec une scène ouverte librement à tous les artistes.

(4) Le concert mentionné est celui du 03 mars 1974 à Washington DC, à Georgetown University.

(5) Le soundcheck est une répétition d'avant concert pour régler le son.

****

Photographies John Rockwood

1 2



Lu 1174 fois