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Spectacle, 25 septembre 2009

Elvis Costello with... Bruce Springsteen



Spectacle, 25 septembre 2009
La première fois que j’ai entendu notre invité, je suis tombé à la renverse. Soudain, arrivait un homme qui avait déjà tout. Il était la voix des abords de la ville. Parfois, il rugissait avec un groupe de rock, parfois, il devenait un murmure intime. Il cherchait dans l’obscurité, examinant les contradictions, les trahisons, des mensonges que l’on dit aux autres, les mensonges que les autres nous disent, les mensonges que l’on se dit à soi-même, le rêve abandonné, le rêve vaincu, le rêve finalement réalisé dans la froide matinée d’un jour glorieux, un homme ordinaire pour l’homme ordinaire, pour tous les hommes, un homme de spectacle, un chef de groupe, un soldat, un auteur, le passé, le présent et le futur du rock’n’roll et si ça ne tenait qu’à moi, si ça ne tenait qu’à moi, il serait la grande nectarine impériale du New Jersey.

Mesdames et Messieurs, M. Bruce Springsteen...

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Dans ma présentation, où j’ai essayé de vous faire venir ici, sur scène, d’une manière qui honore l’Apollo Theater, j’ai mentionné qu’en entendant vos disques, je n’étais jamais venu en Amérique, et je n’avais donc aucune idée de ce à quoi pouvait ressembler cet endroit que vous chantiez. J’ai pensé que ça avait dû être un avantage, d’une certaine manière, d'être originaire d'un endroit obscur, même pour beaucoup d’Américains.

Ce que les gens oublient, c’est qu’il y avait beaucoup de scènes vraiment locales. Quand vous aviez grandi, comme nous, à une heure au sud de New York, sur la côte du New Jersey... La plupart des gens de ma ville n’étaient jamais allés à New York. Personne ne venait sur la côte du New Jersey pour y trouver des talents, des auteurs ou des groupes. Ça ne se faisait pas, tout simplement. C’étaient les années 60 - la fin des années 60 et le début des années 70 - et on nous a laissait dans notre campagne. Mais il y avait également un groupe d’influences très spécifiques, et un son très particulier.

Tout d’abord, Asbury Park était une sorte de Fort Lauderdale bon marché à l’époque, dans les années 50 ou 60. Tout ce qu’il y avait, c’étaient des bars, des bars, des voitures, des filles... Ce sont les choses sur lesquelles j’ai fini par écrire. Mais j’ai vécu dans ce coin la plus grande partie de ma vie, principalement parce que c’était la vie la plus "normale" que j’ai trouvée, et nous y sommes restés. Nous y habitons encore.

J’ai regardé mes héros. Beaucoup d’entre eux étaient des gens qui sont arrivés avant moi, et qui semblent avoir perdu quelque chose, quand ils ont un peu perdu le sens de ce que l’on pourrait appeler "les racines". On peut aller partout, et on peut les emmener avec soi, ou que ce soit, parce que ce n’est pas forcément "être quelque part" physiquement qui vous aidera, mais plutôt le sens de votre propre histoire : Quelles étaient vos motivations au départ ? Quel était le but ? Quel était le but au départ ? Et j’étais donc assez parano. Je pense que le côté positif, c'est d’avoir été parano vis-à-vis de la célébrité, et c’était une bonne chose de ne pas toujours s’en servir à tout prix. J’ai gardé un œil très, très vigilant afin de protéger ma musique, mon groupe, ma vie intime. J’ai pensé que c’était une paranoïa très saine, car savoir faire la part des choses est dans la nature de ce boulot. Ce sont les règles, tout simplement.

J’étais à Londres quand vous êtes venu faire votre premier concert, à l’époque de Born To Run et on disaitC’est le futur du rock’n’rollet il y a tellement de choses là dedans. Les gens ne se rendent peut-être pas compte combien cette expression est riche.

Je pense que lorsque ça vous arrive, vous êtes plus ou moins d’accord. Vous vous dites "Hum, le futur du rock’n’roll, j’aime bien cette expression !" (rires). Puis, vous vous dites "Mais, ça veut aussi dire des tonnes d’ennuis, mec ! (rires). Mais, les choses sont ainsi...

Mais je pense que Londres n’avait jamais vu un concert qui véhiculait les choses dont vous parliez à vos débuts, le côté "bar", et tout ce qui venait du R&B. Ils avaient entendu vos disques, mais ils ne savaient pas ce que vous faisiez sur scène. Alors, quand Bruce est arrivé, c’était comme si on voyait la revue de 1965 de la maison Stax/Volt (1). Il y avait beaucoup d’informations. Les chansons étaient très riches, mais la façon dont vous les présentiez... Personne ne faisait ça.

Ma musique était romantique parce que j’ai grandi avec le grand romantisme des Drifters, et des disques de Phil Spector et de Benny King, et de toute cette génération de belle romance qu’il y avait dans ces chansons-là. Et puis, on a parlé de nous parce que nous jouions dans les bars, soir après soir. Vous deviez avoir quelque chose qui accrochait immédiatement les gens. Et l’idée, c'était qu’il fallait des groupes de scène, des groupes de scène, des groupes de scène... C’était un élément important de la côte du New Jersey. C’était donc une chose tout à fait normale à absorber, et c’était aussi la musique que j’admirais. J’allais voir Sam & Dave, et quel spectacle ils donnaient ! Avec tous ces artifices, leur utilisation de cette dynamique, la manière dont ces longues chansons s’étaient construites. Tout venait des concerts soul, et nous sommes restés une sorte de joyeux groupe de bar.

Mais dans l’écriture des chansons de ces deux premiers disques sortis avant que je ne vous voie sur scène pour la première fois, il y avait une envergure qui me semblait, en les écoutant, en les fouillant autant, venir d’un gars qui aimait les mêmes disques que moi, avec beaucoup de mots, d’images qui déboulaient. J’ai eu le sentiment : "Voici un gars qui passe du temps à écouter Astral Weeks, et qui sait nous le montrer", comme ces disques de R&B dont nous avons parlé. Quelle magnifique combinaison !

C’était pragmatique, car nous avons joué dans des bars le plus longtemps possible. Mais en fait, parce que nous jouions nos propres morceaux et que nous n’étions pas un groupe figurant au Top 40 des groupes du New Jersey, il nous était très difficile de trouver du travail. Voilà comment nous avons procédé, Steve et moi : un samedi soir, en plein été, nous avons parcouru toute la ville du Nord au Sud. Notre idée était de trouver l’endroit minable le plus vide de toute la ville, et d'essayer de se faire embaucher par le propriétaire. Et nous sommes allés de bar en bar...

Asbury (Park) bougeait pas mal à cette époque-là. Le circuit était rempli de guitares et de jeunes, dans chaque bar. Quand nous en avons finalement trouvé un, c’était un endroit qui s’appelait le Student Prince. Il était dirigé par un maçon de Freehold, et l’endroit était désert. Steve et moi l’avons convaincu de nous laisser jouer en faisant payer 1 dollar pour l’entrée. Et nous avons commencé à jouer pour 20 personnes, et la semaine suivante, nous avons joué pour 30 ou 40 personnes. Nous avons fait notre chemin pour finir avec un petit groupe de hippies du coin qui venaient nous voir. Et puis à la fin, le truc s’est essoufflé. J’étais arrivé à un point où je voulais juste utiliser ma guitare et ma voix. J’étais un bon joueur de guitare, je m’accompagnais plutôt bien. Ma voix était… Dans mon premier groupe, ils ne voulaient pas me laisser chanter du tout… Alors, je me suis dit qu’il fallait que les paroles soient bonnes, que les chansons soient bonnes. Et tout ça m’a, plus ou moins, mis sur une voie où j’ai essayé de me mettre au travail, d’écrire, et de faire quelque chose qui serait électrique, juste avec ma voix et ma guitare.

Récemment, je vous ai entendu revisiter des chansons écrites à cette époque-là. On n’a pas l’impression que le langage soit différent. Les chansons auxquelles je pense sont celles comme New York City Serenade et Incident On 57th Street. Elles sont multi-facettes, presque comme un opéra, je dirais... Pas comme Puccini, bien sûr, mais comme West Side Story. Elles sont comme une histoire à part entière. C’est la façon dont vous avez écrit pendant un moment et vers laquelle vous êtes récemment revenu. Des chansons comme For You et Growin' Up sont vraiment mes préférées, avec les mots qui se bousculent, mais elles parlent vraiment d’expériences réelles de la vie. Elles sont utiles, mais à un moment donné, vous avez décidé qu’utiliser moins de mots était une écriture plus durable, peut-être que l’économie de mots est plus durable ?

Au début, je pense que j’ai écrit beaucoup de musique. Je voulais surtout être électrique au niveau des paroles. Il fallait que je vous surprenne avec quelque chose. Il y a eu beaucoup de choses sur la comparaison avec Dylan au début, donc je me suis dit que j’essaierai de chanter d’une manière plus familière, de la manière dont les gens parlent, et que je retournerai à cette imagerie qui, en y réfléchissant… A cet âge-là, on est vraiment très sensible à toute forme d’image.

Je vois ça…

C’était tellement prématuré. Je ne voyais pas pourquoi les gens pensaient avoir besoin d’un nouveau Dylan, parce que l’ancien était encore vraiment jeune à l’époque !

Et il l’est encore !

Et il est toujours incroyable. Je pense qu’il a inventé un langage qui n’existait pas avant dans la chanson populaire. Alors, quand vous arriviez et utilisiez ce langage, on vous liait immédiatement à lui, tout simplement. C’était en partie flatteur, mais en contrepartie, je me suis dit : "Ah ! Je ferais mieux de trouver autre chose". Alors pour mon troisième album, j’ai dû m’éloigner pas mal de l’imagerie de Wild, qui était présente dans mes deux premiers albums.

Il y a une chanson sur laquelle je voudrais que vous vous attardiez un moment, parce que c’est une chanson qui possède beaucoup d’images fantastiques. Elles sont totalement appropriées car la chanson se passe dans un cirque, et vous avez plein d’images de ce cirque. Et il y a ce personnage, Billy... Vous êtes revenu vers lui tout au long de votre carrière, vous y avez fait référence. Vouliez-vous simplement vous enfuir pour aller au cirque ? Est-ce que cette pensée ne vous a jamais effleuré l’esprit ?

Si vous veniez à Freehold, il y avait un cirque Clyde-Beaty Cole. Ils sont encore là chaque été. Ils fonctionnent encore. C’est un cirque ambulant de la vieille école. Ils montent la tente sur le terrain de jeux du coin. Ils montaient la tente près de l’hippodrome de Freehold et j’y allais avec ma mère. Je pense que lorsque vous êtes enfant, vous voyez les choses dans un cirque que vous n’êtes pas censé remarquer. Mais ce sont ces choses-là qui vous fascinent. Vous savez, vous regardez juste là-dessous. Les gens sont sur la piste, mais c’étaient les à-côtés qui m’intéressaient. Ce qui se passe dans les allées, là derrière cette caravane, et puis tard le soir, si on ne vous interdisait pas de sortir… A 23h30 ou minuit, après la fin du spectacle, il y traînait une faune de voyous du coin et à l’époque, c’était assez effrayant pour un petit garçon.

Il y a de la magie et de la peur…

Oui, beaucoup de peur (rires).

C’est le contenu fabuleux de chansons et de rêves, de rêves d'enfants, que vous avez transformé en cette belle chanson Wild Billy’s Circus Story. Pourriez-vous la chanter pour nous ?

Oui, ça pourrait se faire !

Merci

Professeur Roy Bittan va nous rejoindre ! Et Nils Lofgren ! C’est le premier disque où on nous a photographiés, adossés à la tente du chapiteau. En fait, Jon et moi avons écouté cette chanson avant de faire Born To Run… Nous y avons pris tout ce que nous pouvions y trouver.

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--- WILD BILLY'S CIRCUS STORY ---


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