Bruce Springsteen
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Rolling Stone, 29 mars 2012

L'Amérique dans tous ses états



Jon Stewart, star de la télé américaine, et son héros, Bruce Springsteen, évoquent Wrecking Ball, la mort de Clarence Clemons et le décalage entre l'american dream et la réalité américaine.

par Jon Stewart

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Rolling Stone, 29 mars 2012
ILS ONT BEAUCOUP DE CHOSES À SE RACONTER, CES DEUX HOMMES sérieux aux métiers un peu idiots. "Quand il s'adresse à son public", dit Jon Stewart, "il prend le temps de le faire. Il veut que sa musique parle vraiment de quelque chose". L'animateur du Daily Show nous parle non seulement de Bruce Springsteen, mais aussi de lui-même : tous deux ont donné du sens à leur vie en chantant des chansons ou en jouant des sketchs.

En ce jour glacial de janvier, Springsteen arrive à pied au studio du Daily Show, situé à Manhattan. Il s'est battu contre le vent depuis une douzaine de pâtés de maisons, du Lincoln Tunnel jusqu'à la 11ème Avenue, portant seulement une fine veste en cuir. "Il y avait des embouteillages", explique Springsteen, "alors Patti m'a lâché là". ("Le Freehold est connu pour ça", commente Stewart, s'imaginant ce trajet). Après l'enregistrement du Daily Show de ce soir-là, Stewart rejoint Springsteen dans son bureau encombré - où une photo des deux hommes posant ensemble est accrochée au mur - après avoir troqué son costume et sa cravate contre un tee-shirt kaki à manches longues. Ces dernières années, l'admiration de longue date de Stewart pour Springsteen s'est transformée en amitié. "Ce n'est en aucun cas surréaliste", ironise Stewart. "C'est la chose la plus naturelle au monde. C'est très dur de se résigner à s'assoir et à pêcher au bord d'un étang du New Jersey, avec une personne pour qui j'ai passé des années à faire de l'auto-stop, afin de le voir jouer à Philadelphie. Le seul groupe que j'ai vu sur scène plus que Bruce Springsteen est le tribute band de Springsteen, les Backstreets. J'essaye de ne pas lui montrer à quel point je suis pathétique".

Stewart a grandi à Lawrenceville, dans le New Jersey, à 30 miles au nord-ouest de la ville natale de Springsteen, Monmouth County. "Toutes les voitures dont il parle dans ses chansons, on les connaissait. On se disait: J'ai vu les mêmes dans la cour de la maison d'à côté". Son premier concert de Springsteen, c'était en 1978, lors de la tournée Darkness On The Edge Of Town, quand il avait 15 ans. "La première fois qu'on entend Darkness, on commence à se demander comment quitter le New Jersey", dit Stewart (Comme Springsteen, Stewart a fini par y revenir, et possède une maison dans l’État Jardin: "On réalise que le New Jersey, c'est pas mal, en fait !").

Les personnages du nouvel album du Boss, Wrecking Ball, ne veulent pas s'enfuir. Ils cherchent juste du boulot. Avec des titres radicalement populistes, comme Death To My Hometown et Jack Of All Trades, Springsteen brosse le tableau d'une Amérique où "Les banquiers s'engraissent / Et les ouvriers n'ont plus que la peau sur les os". Springsteen voulait que ses nouvelles chansons décrivent "ce qui se passe dans le tissu social du monde dans lequel nous vivons".

Les deux hommes parleront pendant près de deux heures, avec Springsteen partageant des détails sur son processus créatif, son chagrin suite à la perte de Clarence Clemons l'année dernière et le patriotisme enragé qui alimente Wrecking Ball. Leur conversation terminée, Stewart passera le dictaphone à l'équipe de Rolling Stone : "Voilà, on a l'essentiel".

"Attention, il y a beaucoup de chansons d'ivrognes" nous prévient Springsteen.

"La plupart sont en hébreu" dit Stewart.


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