Bruce Springsteen
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Episode 1 - Outsiders : Une amitié improbable

Renegades : Born In The U.S.A.



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POTUS BARACK OBAMA: Tu as donc grandi à Freehold.

BRUCE SPRINGSTEEN: Mes grands-parents m'accordaient des libertés qu'un enfant, vraiment... Que des enfants ne devraient pas avoir. Ma grand-mère avait perdu sa fille dans un accident de circulation à 5 ans.

POTUS BARACK OBAMA: Hmmm.

BRUCE SPRINGSTEEN: J'étais l'enfant qui est arrivé juste après. On m'a donné une liberté totale.

POTUS BARACK OBAMA: [rires]

BRUCE SPRINGSTEEN: Pour faire ce que je voulais faire.

POTUS BARACK OBAMA: Tu faisais quoi du coup ? Tu détruisais la ville, tu détruisais Freehold ? En galopant ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Exactement. A cinq ans !

POTUS BARACK OBAMA: Tu parcourrais les rues ? Terrorisant la population.

BRUCE SPRINGSTEEN: J'étais... littéralement... Je faisais des choses, on me donnait tant de liberté. Je me levais bien plus tard que les autres enfants. Je me couchais bien plus tard que les autres enfants. Je ne cadrais pas avec l'école, dès que j'y suis allé.

POTUS BARACK OBAMA: Car tu n'aimais pas suivre ces règles-là du coup.

BRUCE SPRINGSTEEN: Je n'aimais pas me conformer aux règles. Si tu n'as pas un parent qui travaille, l'école te donne une liste de règles à respecter, et tu n'y es pas préparé. Je me suis dit, « Ok, qu'est-ce que je veux faire ? Je veux trouver ma voie. Je dois trouver ma voie dans cette ville. Je dois découvrir qui sont ses habitants ». Et ce n'est qu'après avoir découvert la musique que j'ai trouvé une manière d'intégrer une identité, et d'intégrer ma propre identité, de trouver une façon de parler et d'avoir un impact pour être entendu. Et c'est à ce moment-là que je me suis senti chez moi dans la ville où je vivais.

[Bruce Springsteen - Lost in the Flood]

POTUS BARACK OBAMA: Lorsque j'écoutais ta musique, je captais ce déplacement émotionnel, et c'est une manière de se rappeler qu'aux États-Unis, nous avons tous commencé, à bien des égards, comme des outsiders, d'une certaine manière. Je crois que ma question est... Quelle est la composition de Freehold ?

BRUCE SPRINGSTEEN: La côte était composée d'Italo-Irlandais, et auparavant d'Afro-Américains originaires d'Afrique du Sud, qui étaient transportés en bus chaque été pour travailler dans les champs autour de la ville.

POTUS BARACK OBAMA: Dans quels genres de champs ?

BRUCE SPRINGSTEEN: De pommes de terre. J'ai donc grandi dans un quartier intégré. J'avais des amis noirs lorsque j'étais jeune. Mais, il y avait beaucoup de règles.

POTUS BARACK OBAMA: Dans quelle maison tu peux entrer.

BRUCE SPRINGSTEEN: C'est exact, et celles dont tu ne peux pas.

POTUS BARACK OBAMA: Celles dont tu ne peux pas.

BRUCE SPRINGSTEEN: Qui tu ne peux pas recevoir chez toi.

POTUS BARACK OBAMA: Exactement.

BRUCE SPRINGSTEEN: Et dans quelle maison tu ne devrais pas te trouver.

POTUS BARACK OBAMA: Mhmm.

BRUCE SPRINGSTEEN: Et...

POTUS BARACK OBAMA: Et c'est avant même de commencer à parler de sortir ou...

BRUCE SPRINGSTEEN: C'est exact. Tu es un enfant sur un vélo.

POTUS BARACK OBAMA: Tout à fait.

BRUCE SPRINGSTEEN: Et tu es conscient de toutes ces règles tacites.

POTUS BARACK OBAMA: Mhmm.

BRUCE SPRINGSTEEN: Et Freehold était cette ville typique des années 50, petite, provinciale, raciste, cul-terreux. Tu vois ? C'était une ville qui a beaucoup souffert de conflits raciaux autour des années 65, 67, 69. Tu sais ce qu'il s'y passe en 69, non ?

POTUS BARACK OBAMA: Lorsqu'il y eu les émeutes de Newark (2) ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Littéralement, le jour des émeutes à Newark, il y a eu des émeutes à Freehold, New Jersey, une petite ville de 10,000 habitants. On a fait venir la Police d’État, et il y a eu le déclenchement de l'état d'urgence dans cette...

POTUS BARACK OBAMA: Tu avais quel âge à ce moment-là ?

BRUCE SPRINGSTEEN: J'avais 17 ans peut-être... J'étais au lycée.

POTUS BARACK OBAMA: Donc lorsque tu écris My Hometown...

BRUCE SPRINGSTEEN: Exactement.

POTUS BARACK OBAMA: Tu parles des culs-terreux.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: Et ce terme a une connotation particulière, tu sais. De la même façon que dans la communauté Afro-Américaine où nous pouvons dire certaines choses sur nous-mêmes.

BRUCE SPRINGSTEEN: Exactement.

POTUS BARACK OBAMA: Tu sais... Tu dois ressentir un certain confort et de l'amour pour une communauté pour être capable de la décrire en des termes qui...

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: En tant qu'outsider, tu pourrais t'attirer des ennuis.

BRUCE SPRINGSTEEN: Je te l'accorde.

POTUS BARACK OBAMA: Non ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Évidemment !

POTUS BARACK OBAMA: Qu'est-ce que tu en penses ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Premièrement : il s'agissait de gens que j'aimais, avec toutes leurs limites, toutes leurs bénédictions, toutes leurs malédictions, tous leurs rêves, tous leurs cauchemars. C'était ces gens-là que j'aimais. Et c'était comme beaucoup de ces autres petites villes américaines des années 50, et c'est ici que j'ai grandi. Donc, cette chanson particulière que j'ai écrite... en 1984. C'était juste une nouvelle visite dans ma vie d'enfant. La ville dans laquelle j'ai grandi à cette époque-là passait vraiment un sale quart d'heure. Les usines disparaissaient. Lorsque tu allais en ville, tu voyais les boutiques aux rideaux baissés et la ville était déjà déclarée morte avant l'heure, tu comprends. C'est donc quelque chose qui m'est venu comme ça, tout simplement. Laisse-moi t'en jouer un extrait...

[Il prend une guitare]

Il y a un médiator dans le coin ? [rires]

[Il gratte les cordes de la guitare]

BRUCE SPRINGSTEEN: [Il chante] « J'avais huit ans et je courais avec une pièce de monnaie dans la main… Jusqu'à l'arrêt de bus... Où je prenais le journal pour mon père… Je m'asseyais sur ses genoux dans cette vieille grosse Buick… Et je tournais le volant pendant que nous traversions la ville… Il m'ébouriffait les cheveux et me disait "Fiston, regarde bien autour de toi… C'est ta ville natale… C'est ta ville natale… C'est ta ville natale… C'est ta ville natale »…

[Le chant s'estompe]

L’événement qui a déclenché les émeutes à ce moment-là en ville, c'était une fusillade à un feu.

[Il chante] « Deux voitures arrêtées à un feu un samedi soir… Sur le siège arrière un pistolet... »

Une voiture pleine de gosses blancs, avec un fusil, qui fait feu sur une voiture pleine de gosses noirs. Un de mes amis a perdu un œil.

[Il chante] « Une époque de troubles venait de s'emparer… De ma ville natale… De ma ville natale… De ma ville natale… »

Et puis, la ville a comme fermé.

[Il chante] « Aujourd'hui, la rue principale n'est que vitrines blanchies et boutiques vacantes… On a l'impression que plus personne... »

C'était... Je crois que je l'ai écrite dans les années 80. Et je savais dès la fin des années 70 et au cours des années 80 que c'était le sujet sur lequel je voulais écrire, la personne que j'allais devenir. C'est ce qui avait du sens à mes yeux. Je voulais rester à la maison. Je voulais vivre là. Je voulais être entouré par les personnes que je connaissais, et raconter leur histoire et la mienne, tu vois ?

[Il chante] « C'est ta ville natale… » [Il fredonne]

Il y avait, il y a un élément générationnel à cette chanson car la chanson se déroule pendant qu'un enfant est assis sur les genoux de son père et que le père lui dit, « C'est ta ville natale, avec tout ce qui va avec »

POTUS BARACK OBAMA: Le bon et le mauvais.

BRUCE SPRINGSTEEN: C'est exact. Tu fais partie du flot continu de l'histoire, et ainsi, ce qui arrive et ce qui est arrivé est en partie de ta responsabilité. Tu comprends ? Tu es attaché historiquement aux bonnes et aux mauvaises choses qui se sont passées, pas seulement dans notre petite ville, mais dans notre pays. Et en tant que partie prenante active pendant ce moment de l'histoire, tu as le pouvoir de reconnaître ces choses-là, et peut-être de faire quelque chose pour y remédier, d'une modeste façon. Et j'aime encore chanter cette chanson aujourd'hui. Elle est juste... Et chacun dans le public reconnaît ces choses-là. Elle devient bien plus qu'une chanson nostalgique.

POTUS BARACK OBAMA: Tout à fait.

BRUCE SPRINGSTEEN: Le public chante toujours, « Ma/Ta ville natale... » Il chante toujours le refrain avec moi, et j'ai à chaque fois l'impression qu'il sait que la ville dont il parle n'est pas Freehold, ce n'est pas Matawan, ce n'est pas Marlboro, ce n'est pas Washington, ce n'est pas cette satané Seattle. C'est toutes ces villes en même temps.

POTUS BARACK OBAMA: Tout à fait.

BRUCE SPRINGSTEEN: C'est toute l'Amérique.

POTUS BARACK OBAMA: Oui.

BRUCE SPRINGSTEEN: C'est une bonne chanson.

POTUS BARACK OBAMA: C'est une grande chanson.

BRUCE SPRINGSTEEN: [rires]

POTUS BARACK OBAMA: Il y avait donc ces émeutes à Freehold, que se passe-t-il ensuite ? Parce que dans certains endroits du pays, comme à Newark, Detroit... Ils ne s'en sont jamais vraiment remis. Mais comment... Quelles sont les répercussions juste après ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Les répercussions semblables à celles de Newark concernaient moins Freehold qu'Asbury Park. La ville d'Asbury Park a vraiment souffert de ses émeutes. Il a fallu beaucoup de temps pour les justifier. Et la population noire de cette ville était complètement sous-représentée dans les instances municipales et... C'était l'époque. Mais Asbury ne s'est relevée que de longues, longues années plus tard. Évidemment, il y a eu une résurgence ces dix dernières années, mais certaines de ces problématiques – non pas certaines de ces problématiques – mais la plupart de ces problématiques restent non résolues dans la partie ouest de la ville. Tu pourrais donc te dire, « Dans quelle mesure les choses ont vraiment changé ? Et bien, je ne suis pas si certain. » A Freehold, est-ce que j'y ai vu une amélioration ? Pas vraiment. Après, les événements se passaient sur une plus petite échelle. La rue principale de Freehold fait trois pâtés de maison. Tu comprends ?

POTUS BARACK OBAMA: Certains magasins ont été saccagés, certains types ont été arrêtés, mais le cœur de la ville n'a pas été tellement impacté ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Non, non, non.

POTUS BARACK OBAMA: Et est-ce que ta famille parlait de ces événements-là ? Tu te souviens en parler ? Tu en parlais avec tes amis ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Moins qu'en parler, j'en faisais l'expérience au lycée, quand il est arrivé le moment où mes amis noirs ne m'adressaient plus la parole.

POTUS BARACK OBAMA: Mhmm.

BRUCE SPRINGSTEEN: Je disais, « Hey...». Et on me disait, « Je ne peux pas te parler là maintenant... Maintenant, je ne peux pas parler »

POTUS BARACK OBAMA: C'est intéressant qu'ils disent, « Maintenant »

BRUCE SPRINGSTEEN: Tout à fait.

POTUS BARACK OBAMA: Ils t'envoient un signal, « Maintenant, tu dois – nous devons laisser ça reposer »

BRUCE SPRINGSTEEN: Tout à fait.

POTUS BARACK OBAMA: Ce qui ne veut pas dire que nous ne pourrons pas avoir une conversation plus tard.

BRUCE SPRINGSTEEN: Tout à fait.

POTUS BARACK OBAMA: Oui.

BRUCE SPRINGSTEEN: Mais pas aujourd'hui, tu vois ? Et il y avait pas mal de bagarres assez dingues entre étudiants blancs et étudiants noirs. Donc, le lycée est devenu un microcosme de cette situation, de ce qui se passait à Freehold, Newark, Asbury. Ces tensions sont devenues très sérieuses en 68, 67, lorsque j'étais encore au lycée. Et c'est de cette manière-là j'en ai fait l'expérience.

POTUS BARACK OBAMA: Rien qu'avec la dynamique de l'école.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui, au Lycée Régional de Freehold. C'était un lycée complètement intégré, avec des élèves presque tous enfants d'ouvriers, dont quelques-uns étaient peut-être meilleurs que d'autres, mais pas tant que ça. En fait, après le collège, si les parents ne voulaient pas envoyer leurs enfants dans des écoles intégrées, et bien tu allais...

POTUS BARACK OBAMA: Dans une école Catholique.

BRUCE SPRINGSTEEN: Dans un lycée Catholique.

POTUS BARACK OBAMA: Et c'était plus ou moins vrai dans toutes les villes du pays.

BRUCE SPRINGSTEEN: Et puis, mes parents voulaient que j'y aille, il me semble que le lycée était à Trenton à cette époque-là. Je leur ai dit, « Trenton ? Je vais faire une heure de bus chaque jour ? » [rires]

POTUS BARACK OBAMA: Tu n'allais pas en classe de toute façon, donc peu importe !

BRUCE SPRINGSTEEN: [rires] Exactement !

POTUS BARACK OBAMA: Car tu allais devenir une star du rock'n'roll !

BRUCE SPRINGSTEEN: [rires]


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