Bruce Springsteen
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Episode 1 - Outsiders: Une amitié improbable

Renegades : Born In The U.S.A.



****

POTUS BARACK OBAMA: Tu as donc grandi à Freehold.

BRUCE SPRINGSTEEN: Mes grands-parents, ils m'accordaient des libertés qu'un enfant, vraiment... que des enfants ne devraient pas avoir. Ma grand-mère avait perdu sa fille dans un accident de circulation à 5 ans.

POTUS BARACK OBAMA: Hmmm.

BRUCE SPRINGSTEEN: J'étais l'enfant qui est arrivé juste après. On m'a donné une liberté totale -

POTUS BARACK OBAMA: [rires]

BRUCE SPRINGSTEEN: Pour faire ce que je voulais faire.

POTUS BARACK OBAMA: Tu faisais quoi du coup ? Tu détruisais la ville, tu détruisais Freehold ? En galopant ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Exactement. A cinq ans !

POTUS BARACK OBAMA: Tu parcourrais les rues ? Terrorisant la population -

BRUCE SPRINGSTEEN: J'étais... littéralement – je faisais des choses, on me donnait tant de liberté. Je me levais bien plus tard que les autres enfants. Je me couchais bien plus tard que les autres enfants. Je ne cadrais pas avec l'école, dès que j'y suis allé -

POTUS BARACK OBAMA: Car tu n'aimais pas ces règles-là tout à coup.

BRUCE SPRINGSTEEN: Et je n'aimais pas me conformer aux règles. Si tu n'as pas un parent qui travaille, l'école te présente une liste de règles à respecter, et tu n'y es pas préparé. Je me suis dit, « Ok, qu'est-ce que je veux faire ? Je veux trouver ma voie. Je dois trouver ma voie dans cette ville. Je dois découvrir qui sont ses habitants ». Et ce n'est qu'après avoir découvert la musique que j'ai trouvé une manière d'intégrer une identité et d'intégrer ma propre identité, de trouver une façon de parler et d'avoir un impact pour être entendu, et c'est là que je me suis senti chez moi dans la ville où je vivais.

[Bruce Springsteen - Lost in the Flood]

POTUS BARACK OBAMA: Lorsque j'écoutais ta musique, je captais ce déplacement émotionnel, et c'est une manière de se rappeler qu'aux États-Unis, nous avons tous commencé, à bien des égards, comme des outsiders, d'une certaine manière. Je crois que – ma question est... quelle est la composition de Freehold ?

BRUCE SPRINGSTEEN: La côte était composée d'Italo-Irlandais, et auparavant d'Afro-Américains originaires d'Afrique du Sud, qui étaient transportés en bus chaque été pour travailler dans les champs autour de la ville.

POTUS BARACK OBAMA: Dans quels genres de champs ?

BRUCE SPRINGSTEEN: De pommes de terre. J'ai donc grandi dans un quartier intégré. J'avais des amis noirs lorsque j'étais jeune. Mais, il y avait beaucoup de règles.

POTUS BARACK OBAMA: Dans quelle maison tu peux entrer...

BRUCE SPRINGSTEEN: C'est exact, et celles dont tu ne peux pas -

POTUS BARACK OBAMA: Celles dont tu ne peux pas -

BRUCE SPRINGSTEEN: Qui tu ne peux pas recevoir chez toi.

POTUS BARACK OBAMA: Exactement.

BRUCE SPRINGSTEEN: Et dans quelle maison tu ne devrais pas te trouver.

POTUS BARACK OBAMA: Mhmm...

BRUCE SPRINGSTEEN: Et -

POTUS BARACK OBAMA: Et c'est avant même de commencer à parler de sortir ou -

BRUCE SPRINGSTEEN: C'est exact. Tu es un enfant sur un vélo.

POTUS BARACK OBAMA: Tout à fait.

BRUCE SPRINGSTEEN: Et tu en es conscient – de toutes ces règles tacites.

POTUS BARACK OBAMA: Mhmm...

BRUCE SPRINGSTEEN: Et Freehold était cette ville typique des années 50, petite, provinciale, raciste, cul-terreux. Tu vois ? C'était une ville qui a beaucoup souffert de conflits raciaux autour des années 65, 67, 69 – Tu sais ce qu'il s'y passe en 69, non ?

POTUS BARACK OBAMA: Lorsqu'il y eu les émeutes de Newark (2) et...

BRUCE SPRINGSTEEN: Littéralement, le jour des émeutes à Newark il y a eu des émeutes à Freehold, New Jersey, une petite ville de 10,000 habitants. On a fait venir la Police d’État, et il y a eu le déclenchement de l'état d'urgence dans cette -

POTUS BARACK OBAMA: Tu avais quel âge à ce moment-là ?

BRUCE SPRINGSTEEN: J'avais... 17 ans peut-être... J'étais au lycée.

POTUS BARACK OBAMA: Donc... lorsque tu écris My Hometown -

BRUCE SPRINGSTEEN: Exactement...

POTUS BARACK OBAMA: Tu parles des culs-terreux.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: Et ce terme a une connotation particulière, tu sais, de la même façon que dans la communauté Afro-Américaine où nous pouvons dire certaines choses sur nous-mêmes.

BRUCE SPRINGSTEEN: Exactement.

POTUS BARACK OBAMA: Tu sais... tu dois ressentir un certain confort et de l'amour pour une communauté pour être capable de la décrire en des termes qui...

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: En tant qu'outsider, tu pourrais t'attirer des ennuis.

BRUCE SPRINGSTEEN: Je te l'accorde.

POTUS BARACK OBAMA: Non ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Évidemment !

POTUS BARACK OBAMA: Qu'est-ce que tu en penses ?

BRUCE SPRINGSTEEN: D'abord, premièrement : il s'agissait de gens que j'aimais... avec toutes leurs limites, toutes leurs bénédictions, toutes leurs malédictions, tous leurs rêves, tous leurs cauchemars. C'était ces gens que j'aimais. Et c'était comme beaucoup de ces autres petites villes américaines des années 50, et c'est ici que j'ai grandi. Donc, cette chanson particulière que j'ai écrite... en 1984. C'était juste une nouvelle visite dans ma vie d'enfant. La ville dans laquelle j'ai grandi à cette époque-là passait vraiment un sale quart d'heure. Les usines disparaissaient. Lorsque tu allais en ville, tu voyais les boutiques aux rideaux baissés et la ville était déjà déclarée morte avant l'heure, tu comprends. C'est donc quelque chose qui m'est venu comme ça, tout simplement. Laisse-moi – laisse-moi t'en jouer un extrait...

[Il prend une guitare]

Il y a un médiator dans le coin ? [rires]

[Il gratte les cordes de la guitare]

BRUCE SPRINGSTEEN: [Il chante] « J'avais huit ans et je courais avec une pièce de monnaie dans la main… Jusqu'à l'arrêt de bus... Où je prenais le journal pour mon père… Je m'asseyais sur ses genoux dans cette vieille grosse Buick… Et je tournais le volant pendant que nous traversions la ville… Il m'ébouriffait les cheveux et me disait "Fiston, regarde bien autour de toi… C'est ta ville natale… C'est ta ville natale… C'est ta ville natale… C'est ta ville natale »…

[Le chant s'estompe]

L’événement qui a déclenché les émeutes à ce moment-là en ville, c'était une fusillade à un feu.

[Il chante] « Deux voitures arrêtées à un feu un samedi soir… Sur le siège arrière un pistolet... »

Une voiture pleine de gosses blancs, avec un fusil, qui fait feu sur une voiture pleine de gosses noirs. Un de mes amis a perdu un œil.

[Il chante] « Une époque de troubles venait de s'emparer… De ma ville natale… De ma ville natale… De ma ville natale… »

Et puis – la ville a comme fermé.

[Il chante] « Aujourd'hui, la rue principale n'est que vitrines blanchies et boutiques vacantes… On a l'impression que plus personne... »

C'était – je crois que je l'ai écrite dans les années 80, et je savais dès la fin des années 70 et au cours des années 80 que c'était le sujet sur lequel je voulais écrire, la personne que j'allais devenir. C'est ce qui avait du sens à mes yeux. Je voulais rester à la maison. Je voulais vivre là. Je voulais être entouré des personnes que je connaissais et raconter leur histoire et la mienne, tu vois ?

[Il chante] « C'est ta ville natale… » [Il fredonne]

Il y avait, il y a un élément générationnel à cette chanson car la chanson se déroule pendant qu'un enfant est assis sur les genoux de son père et que le père lui dit, « C'est ta ville natale, avec tout ce qui va avec »

POTUS BARACK OBAMA: Le bon et le mauvais.

BRUCE SPRINGSTEEN: C'est exact. Tu fais partie du flot continu de l'histoire, et ainsi, ce qui arrive et ce qui est arrivé est en partie de ta responsabilité. Tu comprends ? Tu es attaché historiquement aux bonnes et aux mauvaises choses qui se sont passées, pas seulement dans notre petite ville, mais dans notre pays. Et en tant que partie prenante active pendant ce moment de l'histoire, tu as le pouvoir de reconnaître ces choses-là, et peut-être de faire quelque chose pour y remédier, d'une modeste façon. Et j'aime encore chanter cette chanson aujourd'hui. Elle est juste... Et chacun dans le public reconnaît ces choses-là. Elle devient bien plus, bien plus qu'une chanson nostalgique.

POTUS BARACK OBAMA: Tout à fait.

BRUCE SPRINGSTEEN: Le public chante toujours, « Ma/Ta ville natale... » Il chante toujours le refrain avec moi, et j'ai à chaque fois l'impression qu'il sait que la ville dont il parle n'est pas Freehold, ce n'est pas Matawan, ce n'est pas Marlboro, ce n'est pas Washington, ce n'est pas cette satané Seattle. C'est toutes ces villes en même temps.

POTUS BARACK OBAMA: Tout à fait.

BRUCE SPRINGSTEEN: C'est toute l'Amérique.

POTUS BARACK OBAMA: Oui.

BRUCE SPRINGSTEEN: C'est une bonne chanson.

POTUS BARACK OBAMA: C'est une grande chanson.

BRUCE SPRINGSTEEN: [rires]

POTUS BARACK OBAMA: Il y avait donc ces émeutes à Freehold, que se passe-t-il ensuite ? Parce que dans certains endroits du pays, comme à Newark, Detroit... Ils ne s'en sont jamais vraiment remis. Mais comment – quelles sont les répercussions juste après -

BRUCE SPRINGSTEEN: Les répercussions semblables à celles de Newark concernaient moins Freehold qu'Asbury Park... La ville d'Asbury Park a vraiment souffert de ses émeutes, tu sais ? Il a fallu beaucoup de temps pour les justifier, et la population noire de cette ville était complètement sous-représentée dans les instances municipales et... c'était l'époque. Mais Asbury ne s'est relevée que de longues, longues années plus tard. Évidemment, il y a eu une résurgence ces dix dernières années, mais certaines de ces problématiques – non pas certaines de ces problématiques – mais la plupart de ces problématiques restent non résolues dans la partie ouest de la ville. Tu pourrais donc te dire, « Dans quelle mesure les choses ont vraiment changé ? Je ne suis pas si certain. » Freehold, est-ce que j'y ai vu une amélioration ? Pas vraiment, tu sais. Après, les événements se passaient sur une plus petite échelle. La rue principale de Freehold fait trois pâtés de maison. Tu comprends -

POTUS BARACK OBAMA: Certains magasins ont été saccagés, certains types ont été arrêtés, mais le cœur de la ville n'a pas été impacté tant que ça...

BRUCE SPRINGSTEEN: Non, non, non.

POTUS BARACK OBAMA: Et est-ce que ta famille parlait de ces événements-là ? Tu te souviens en parler ? Tu en parlais avec tes amis ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Moins qu'en parler, j'en faisais l'expérience au lycée quand il est arrivé le moment où mes amis noirs ne m'adressaient plus la parole.

POTUS BARACK OBAMA: Mhmm...

BRUCE SPRINGSTEEN: Je disais, « Hey...», et c'était « Je ne peux pas te parler là maintenant... maintenant, je ne peux pas parler - »

POTUS BARACK OBAMA: C'est intéressant qu'ils disent, « Maintenant »

BRUCE SPRINGSTEEN: Tout à fait.

POTUS BARACK OBAMA: Ils t'envoient un signal, « Maintenant, tu dois – nous devons laisser ça reposer »

BRUCE SPRINGSTEEN: Tout à fait.

POTUS BARACK OBAMA: Ce qui ne veut pas dire que nous ne pourrons pas avoir une conversation plus tard.

BRUCE SPRINGSTEEN: Tout à fait.

POTUS BARACK OBAMA: Oui.

BRUCE SPRINGSTEEN: Mais pas aujourd'hui, tu vois ? Et il y avait pas mal de bagarres assez dingues entre étudiants blancs et étudiants noirs. Donc, le lycée est devenu un microcosme de cette situation, de ce qui se passait à Freehold, Newark, Asbury. Ces tensions sont devenues très sérieuses en 68, 67, lorsque j'étais... J'étais encore au lycée. Et c'est comme ça que j'en ai fait le plus l'expérience -

POTUS BARACK OBAMA: Rien qu'avec la dynamique de l'école.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui, au Lycée Régional de Freehold. C'était un lycée complètement intégré, avec des élèves presque tous enfants d'ouvriers, dont quelques-uns étaient peut-être meilleurs que d'autres, mais pas tant que ça. En fait, après le collège, si les parents ne voulaient pas – s'ils ne voulaient pas envoyer leurs enfants dans des écoles intégrées, et bien tu allais -

POTUS BARACK OBAMA: Dans une école Catholique -

BRUCE SPRINGSTEEN: Dans un lycée Catholique.

POTUS BARACK OBAMA: Et c'est plus ou moins vrai dans toutes les villes du pays.

BRUCE SPRINGSTEEN: Et puis tu sais - mes parents voulaient que j'y aille, il me semble que le lycée était à Trenton à cette époque-là. Je leur ai dit, « Trenton ? Je vais faire une heure de bus chaque jour ? » [rires]

POTUS BARACK OBAMA: Tu n'allais pas en classe de toute façon, donc peu importe !

BRUCE SPRINGSTEEN: [rires] Exactement !

POTUS BARACK OBAMA: Car tu allais devenir une star du rock'n'roll !

BRUCE SPRINGSTEEN: [rires]

****

Episode 1 - Outsiders: Une amitié improbable
POTUS BARACK OBAMA: Ce qui soulève une question intéressante. A cette époque-là, tu commences à t'intéresser sérieusement à la musique, et c'est juste après que tu commences à monter des groupes et -

BRUCE SPRINGSTEEN: C'est en... 1964 est l'année où j'ai attrapé une guitare, et je joue pendant toute ma scolarité.

POTUS BARACK OBAMA: D'accord.

BRUCE SPRINGSTEEN: Nous avons commencé... nous avions un groupe en 1964. Tu avais alors les Rolling Stones et tu avais les Beatles, mais peu de temps après tu avais aussi Sam & Dave et tu avais la Motown, et tu apprenais à composer grâce aux remarquables auteurs/compositeurs de la Motown. Tu apprenais comment jouer sur scène grâce à Sam Moore de Sam & Dave.

POTUS BARACK OBAMA: Donc, s'il n'y a pas d'artistes Afro-Américains qui t'aident à découvrir le rock'n'roll. Il y a certainement des artistes d'influence Afro-Américaine qui ouvrent cette porte pour toi.

BRUCE SPRINGSTEEN: Absolument, évidemment. Nous avions un groupe... pour jouer aux alentours de ce qu'on appelait – ce qu'est la Route Nine (3), qui se situait au Sud de Freehold. Tu devais connaître des morceaux de Soul Music, parce qu'on appelait cet endroit « le territoire des Greasers ». Les Greasers, c'était des types qui portaient des vestes en cuir ¾, des costumes en peau de requin, des cravates, des cheveux lissés en arrière, des chaussures noires à bout pointu, des chaussettes transparentes en nylon. Tout cet attirail emprunté à la communauté noire [rires]

POTUS BARACK OBAMA: Et c'était le style des Greasers ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui, et c'était aussi la musique qu'ils aimaient.

[Gene Chandler - Duke of Earl]

POTUS BARACK OBAMA: D'accord.

BRUCE SPRINGSTEEN: Donc, quand tu descendais jouer dans le Sud par la Route Nine, tu devais être capable de jouer de la Soul Music et du doo-wop, sinon tu ne pouvais pas survivre longtemps un vendredi ou un samedi soir. Tu ne pouvais tout simplement pas survivre.

POTUS BARACK OBAMA: [rires] Tout le monde se demande, « C'est qui ces types ? »

BRUCE SPRINGSTEEN: Tu sais, à cette période, c'était juste l'essence du Rock'n'Roll et du Rhythm & Blues, joué par notre petit groupe.

POTUS BARACK OBAMA: Et comment tu te préparais ?

BRUCE SPRINGSTEEN: En tant que jeune musicien, tu étais immergé... dans la musique et – et dans la culture Afro-Américaine qui inspirait la musique que tu aimais. C'était très étrange, parce qu'au lycée, les gosses noirs étaient à la fois envieux mais dans le même temps – ils souffraient des immenses préjugés. Tu comprends ?

POTUS BARACK OBAMA: Ils étaient envieux de quoi ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Des jeunes – de la façon dont ils s'habillaient...

POTUS BARACK OBAMA: Ils avaient l'air intelligents.

BRUCE SPRINGSTEEN: Tout le monde essayait de s'habiller !

ENSEMBLE: [rires]

BRUCE SPRINGSTEEN: Tu sais, on allait dans cette boutique de fringues appelée Fishes, sur Springwood Avenue. C'est là qu'on achetait nos fringues. C'était donc un déséquilibre étrange, difficile de... de faire le tri.

POTUS BARACK OBAMA: Cette anecdote me fait penser au film Do The Right Thing de Spike Lee (4).

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: Et...

BRUCE SPRINGSTEEN: Grand film.

POTUS BARACK OBAMA: Grand film. Un des protagonistes joue un type prénommé Mookie.

BRUCE SPRINGSTEEN: Exact.

[Do the Right Thing] Je peux te parler une seconde ?]

POTUS BARACK OBAMA: Et il travaille pour cet italien, dont les deux fils essayent de tenir un petit commerce, une petite pizzeria. Et un des fils est un garçon doux, qui aime la communauté Afro-Américaine qu'ils ont comme clientèle. L’aîné est cynique, et ouvertement raciste. Et à un moment, Mookie, même s'il ne se tue pas à la tâche, est assez clairvoyant sur le quartier dans lequel il vit, et il commence à interroger son frère aîné raciste -

[Do the Right Thing] Je peux te parler une seconde ?]

POTUS BARACK OBAMA: « Quel est ton joueur de basket-ball préféré ? »

BRUCE SPRINGSTEEN: [rires]

POTUS BARACK OBAMA: « Magic Johnson »

[Do the Right Thing] « Magic Johnson » Quel est ton acteur de film préféré ? Eddie Murphy. Quelle est ta rockstar préférée ? Prince.

POTUS BARACK OBAMA: Prince.

[Do the Right Thing] Faux, Bruce. Prince.

POTUS BARACK OBAMA: « Donc, pourquoi tu utilises toujours ce terme de nègre ? Alors que tu parles tout le temps de l'adoration que tu as pour ces types ». Et bien, j'ai toujours pensé que c'était une manière simple et brillante de capturer quelque chose qui a toujours été vrai et compliqué dans notre pays, l'idée que les noirs représentent les autres, ils sont dénigrés, ils sont discriminés, regardés de haut, et pourtant la culture s'approprie et régurgite de manière constante le style qui émerge d'eux, en ayant été un outsider qui connaît le blues [rires] Et – en ayant souffert de ces cicatrices, en ayant du bon sens et en inventant des trucs à partir de rien. Et le Rock'n'Roll fait partie de ce processus. Je me demande si, en tant qu'adolescent, c'était quelque chose que tu avais intégré, ou c'est quelque chose où tu t'es juste dit, « Tu sais quoi ? Cette musique est cool, elle me plaît, et elle me touche d'une certaine façon ».

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui, non, je pense que lorsque tu as été adolescent dans les années 60, tu as intégré tout ça de manière intense.

[La guitare joue]

[Extrait – La Commission consultative nationale sur les désordres civiques a prévenu que la haine de la race menaçait de déchirer ce pays. Les événement de ce mois-ci... les émeutes raciales, la violence, le pillage et la haine. Pendant cinq jours…] (5)

BRUCE SPRINGSTEEN: Dans les années 60, tu ne pouvais pas être adolescent sans être conscient que la race était... la race était le sujet fondamental de cette époque-là. En Amérique, nous aimons les noirs et les bruns lorsqu'ils nous divertissent, mais lorsqu'ils souhaitent vivre à côté de chez nous, nous restons une société tribale, tu comprends ? C'est une part de notre tragédie qui se prolonge, évidemment, jusqu'à aujourd'hui. Et... je ne pense pas... je ne pense pas que le sujet ait été plus... plus essentiel qu'aujourd'hui... Je me dis, « Pourquoi est-ce si difficile de parler de la race ? Pourquoi suis-je... Pourquoi je marque une pause ? » [rires] Pour parler de la race, tu dois parler de tes différences. Pour parler de la race, tu dois parler, à un certain degré... tu dois déconstruire le mythe du melting-pot, qui n'a jamais été vrai, fondamentalement. En admettant qu'une bonne partie de notre histoire a été pillée et violente et façonnée contre les gens de couleur. Nous avons honte... honte de notre culpabilité collective. Nous devrions admettre et déplorer ce qui a été fait. Nous devrions admettre notre propre complicité quotidienne, et admettre notre appartenance à un groupe dans le sens où nous sommes liés à l'histoire du racisme, de ce racisme.

POTUS BARACK OBAMA: D'une grande erreur.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui, exactement.

POTUS BARACK OBAMA: Oui.

BRUCE SPRINGSTEEN: Toutes ces choses sont compliquées à faire pour les gens [rires]

POTUS BARACK OBAMA: Et bien, tu sais... ce qui est intéressant pour moi a été comment le comprendre, car mon enfance a été si inhabituelle. Ce n'était pas sous mon nez au quotidien, de la même façon. Il n'y avait pas d'émeutes à Hawaï.

BRUCE SPRINGSTEEN: D'accord.

POTUS BARACK OBAMA: Il n'y avait pas de quartiers à l'autre bout de la ville où les noirs devaient habiter. Donc de mon côté, j'absorbe, et j’expérimente ma part d'ignorance quotidienne et les affronts, tu vois ? Je me rappelle encore, je jouais au tennis. Je dois avoir 11, 12 ans, et je m'en souviens encore, on affichait la liste des joueurs pour les tournois auxquels tu participais. Et je n'étais pas un grand joueur, mais j'étais assez bon pour participer à certains tournois, et je me souviens que je faisais défiler mon doigt sur la liste pour voir où se trouvait mon nom, et le prof de tennis, qui était le coach de l'équipe de tennis de ce lycée, il me dit, « Fais attention. Tu pourrais déteindre sur la feuille, et la salir » [rires]

BRUCE SPRINGSTEEN: Ok.

POTUS BARACK OBAMA: C'était certainement en 74, 75. Je m'en souviens encore. Je me suis retourné vers lui et je lui ai dit, « Qu'est-ce que vous avez dit ? » Et c'était une situation intéressante que d'avoir 11 ou 12 ans et de parler à un adulte...

BRUCE SPRINGSTEEN: Vraiment ?

POTUS BARACK OBAMA: … et de le regarder faire pour calculer ce qu'il était censé répondre. Et puis il m'a dit, « Je plaisante ». Voilà ce qu'il m'a dit.

BRUCE SPRINGSTEEN: Qui étaient tes amis à cette époque-là ? Quels étaient -

POTUS BARACK OBAMA: Ce qui est intéressant, c'est que mes meilleurs amis ont fini par être une bande de marginaux et d'outsiders eux-mêmes. Des gamins tels que toi, qui étaient, peut-être, quelque peu à part émotionnellement. J'ai réalisé que mes meilleurs amis au lycée, qui sont – jusqu'à aujourd'hui – certains de mes meilleurs amis, ils venaient tous de foyers brisés.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: Tous, économiquement, étaient au plus bas de l'échelle, comparés aux autres enfants de l'école. Et puis une des choses qui unissait, c'était le basket-ball. Nous sommes tous devenus de grands fans de basket, et le sport a été un terrain où les enfants noirs et les enfants blancs se rencontraient sur un même pied d'égalité et faisaient partie d'une communauté qui n'était pas exempte de race, mais c'était un lieu où la question de qui est en haut, qui est en bas, ton statut, tout s'effaçait au profit de celui qui savait jouer.

BRUCE SPRINGSTEEN: Où se situait ta mère dans tout ça ?

POTUS BARACK OBAMA: Elle... m'imprégnait du sens élémentaire de celui que j'étais et de la raison pour laquelle j'avais été béni d'avoir cette magnifique peau brune et de faire partie de cette grande tradition.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: Elle idéalisait pour certaines choses. Mais tu sais, elle m'avait acheté les biographies, version enfant, de Mohammed Ali et d'Arthur Ashe -

BRUCE SPRINGSTEEN: Et tu as, quoi, 10 ou 11 ou 12 ans à cette époque-là -

POTUS BARACK OBAMA: Oui, 10 ou 11 ou 12 ans. Je pense qu'instinctivement elle avait compris qu'elle devait me vacciner très tôt contre ce qui pourrait arriver. Tu sais, elle a consolidé ma confiance en moi avec des bases assez solides. J'étais aimé, chéri et spécial, et être noir, c'était quelque chose dont on devait être fier et qu'on devait chérir. En fait, les véritables luttes que menaient les noirs aux États-Unis étaient partie prenante de ce qui rendaient les noirs particuliers.

[La guitare et la batterie jouent]

Car ils avaient été fortifiés en souffrant, d'une certaine façon. Et ils avaient fait l'expérience de la cruauté, ce qui, par conséquence, a pu nous aider à transcendé ça.

[La guitare et la batterie s'estompent]

[PAUSE]


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