Bruce Springsteen
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Episode 7 - Trouver un foyer : La paternité

Renegades : Born In The U.S.A.



POTUS BARACK OBAMA: Si nous avons connu le succès sous l’œil du grand public, Bruce et moi, nous nous accordons à dire que nos familles ont été le point d'ancrage le plus important au fil des ans. Nous avons été assez chanceux de rencontrer des femmes remarquables, fortes, indépendantes, pour nous pousser, nous mettre au défi, nous aider à garder les pieds sur terre, et ne jamais laisser passer nos conneries.

[La guitare électrique joue]

Des femmes qui nous ont aidées à devenir de meilleures versions de nous-mêmes, et qui nous ont forcé à continuellement ré-examiner nos priorités. Michelle et Patti nous ont aussi offert le plus beau cadeau de notre vie : la chance de devenir père. Ressentir les joies, les épreuves et la profonde humilité d'être mari et père.

[La guitare électrique joue en fond]

Nous avons passé pas mal de temps à évoquer ce que nos épouses et nos enfants continuent de nous enseigner, les valeurs que nous souhaitons transmettre, les exemples que nous voulons donner, et le pays que nous voulons leur laisser en héritage.

[La guitare électrique s'estompe]

****

[Bruce Springsteen joue doucement de la guitare acoustique]

POTUS BARACK OBAMA: Nous sommes aujourd'hui des pères.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oh, oui.

POTUS BARACK OBAMA: De quelle façon cette paternité t'a changé ? Avais-tu encore beaucoup à faire pour être à la hauteur de la tâche ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Ooof.

POTUS BARACK OBAMA: Est-ce qu'il y avait encore beaucoup de choses à travailler, avant d'en arriver au moment où tu t'es dit, « D'accord, voici le genre de père que je veux être ? »

BRUCE SPRINGSTEEN: Le problème qui se posait à moi, c'est que pendant un long, long, long moment, je n'ai pas su prendre mes responsabilités, pour tout ce qui concernait mes sentiments vis-à-vis des autres. Tout ce qu'il te reste alors, c'est la foi pour aller de l'avant, l'idée que si tu avances avec des petits pas, tu seras alors capable d'en faire un autre. Mais d’où provient cette foi ? Elle vient de l'amour dans ta vie. En ce qui me concerne, Patti a été cette prodigieuse source d'amour dans ma vie. Elle avait plus de courage affectif que moi, ce qui m'a donné suffisamment confiance pour que j'expose des pans entiers de moi-même, que je n'avais jamais exposés jusqu'alors, en me disant, « Hey, je pense que je suis arrivé à un moment dans ma vie où je peux faire en sorte que ça tienne, et ensuite, advienne que pourra. Si tout s'effondre et se délite et finit en ruines, alors c'est ce qui devait arriver ». Tu vois ? Mais si ce n'est pas le cas ? Qu'est-ce que je vais faire ? [rires] Que se passe-t-il si je me retrouve soudain avec une famille et avec un amour durable ? Qui suis-je alors ?

Toutes ces choses-là ont été posées sur la table, bien avant que je ne devienne père... Tu sais, Patti et moi, nous étions ensemble et nous nous aimions. C'était notre préoccupation du moment : construire quelque chose. J'avais 35, 36 ans. J'avançais en âge, tu vois ? Et au fond de moi, je voulais fonder une famille, et j'ai senti que je devais être honnête avec elle. Je lui ai dit, « Patti, je ne sais pas... je ne sais pas si je peux y arriver ». Et elle m'a répondu, « Et bien, nous verrons ».

ENSEMBLE: [rires]

BRUCE SPRINGSTEEN: Elle m'a dit, « Ce n'est pas grave si nous avançons un jour après l'autre » Et c'est ce que nous avons fait. Et puis, je suis rentré à la maison un soir. Je crois que j'étais parti quelques jours. Et je suis entré dans la chambre, et elle m'a dit, « Oh ! Au fait, je suis enceinte ». C'est comme ça qu'elle me l'a dit [rires]

POTUS BARACK OBAMA: Silence dans la salle.

BRUCE SPRINGSTEEN: Silence dans la salle.

ENSEMBLE: [rires]

[Bruce Springsteen joue doucement de la guitare acoustique]

BRUCE SPRINGSTEEN: Et nous étions sur le lit. Je détourne le regard. Et elle ne sait pas exactement comment je vais réagir, mais il y a un miroir derrière la porte, et elle dit, « Hey, je t'ai vu sourire » [rires] C'était vrai. Beaucoup de sourires plus tard [rires] nous y voilà, et mon garçon a bientôt 30 ans.

[Bruce Springsteen joue doucement de la guitare acoustique]

POTUS BARACK OBAMA: C'est émouvant, mec.

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui.

POTUS BARACK OBAMA: Oui, et bien...

BRUCE SPRINGSTEEN: Ta fille aînée a quelle âge ?

POTUS BARACK OBAMA: Malia a 22 ans.

BRUCE SPRINGSTEEN: 22.

[Bruce Springsteen joue doucement de la guitare acoustique]

POTUS BARACK OBAMA: Sasha a 19 ans. Moi, j'ai donc rencontré Michelle alors que je travaillais pour un cabinet d'avocats pendant l'été (1). Elle était déjà avocate. Elle était plus jeune que moi, mais elle avait poursuivi ses études sans interruption. Après mes quatre années à l'université, moi j'avais bifurqué, pour devenir militant associatif. Je suis donc un étudiant en droit plus âgé qu'elle à ce moment-là. J'ai 28 ans. Elle a 25 ans. Et elle venait d'une famille parfaitement stable, et ils avaient, au-delà de ça, une grande famille, très étendue. Michelle et moi parlons souvent de l'attraction que nous avons eu l'un pour l'autre - outre qu'elle soit physiquement séduisante...

BRUCE SPRINGSTEEN: Mhm.

POTUS BARACK OBAMA: ...et drôle et intelligente - et Michelle a vu en moi certaines choses qu'elle n'avait pas connues pendant son enfance, à savoir l'aventure, la route...

BRUCE SPRINGSTEEN: D'accord.

POTUS BARACK OBAMA: ...la prise de risque, les voyages autour du monde et... C'était attrayant pour elle. Moi, je la regardais, elle et sa famille, et je me disais, « Oh, ils semblent savoir comment faire ». J'avais dans l'idée de vouloir avec certitude que mes enfants grandissent dans un foyer plein d'amour, et j'aimais l'idée de ne pas nécessairement avoir une grande famille, mais une famille étendue. L'idée d'une communauté de membres...

BRUCE SPRINGSTEEN: Très joli, oui.

POTUS BARACK OBAMA: ...qui feraient tous partie de leur vie. La famille de Michelle ressemblait beaucoup à ça. Et Michelle, elle n'était pas timide, tu sais. Assez tôt, elle m'a dit, « Écoute, j'attache beaucoup d'importance à ma carrière, mais ce que je veux vraiment, c'est être maman...

BRUCE SPRINGSTEEN: Oooh.

POTUS BARACK OBAMA: ...et je suis profondément attachée à la famille ». Ce premier été où nous étions ensemble, je me suis dit, « C'est une personne avec laquelle je me vois passer le reste de ma vie ».

BRUCE SPRINGSTEEN: D'accord.

POTUS BARACK OBAMA: Et donc lorsque je suis revenu - avec mon diplôme de Droit en poche – je reviens à Chicago et je m'installe dans son appartement, qui se trouve au-dessus de celui de ses parents, dans le même immeuble. Son père était décédé entre-temps. Il avait des problèmes de santé. J'étais revenu pour être à ses côtés à cette période-là. Et j'imagine, de son point de vue, qu'elle a peut-être perçu que je n'étais pas celui qui allait avoir peur d'être là quand on a besoin de lui. Écoute, une fois que tu reviens en ville et que tu emménages chez elle, le compte à rebours commence, sinon...

BRUCE SPRINGSTEEN: Tu étais dans la place [rires]

POTUS BARACK OBAMA: « Qu'est-ce que tu fais là ? » Mais je n'avais pas vraiment peur. Même s'il y avait une petite voix en moi – qui remonte à notre précédente conversation sur ce que c'est qu'être un homme - qui me disait que j'avais grandi dans une culture qui assénait, dans les comédies, à la télévision, dans la culture populaire : « Mec, elle va te mettre le grappin dessus...

BRUCE SPRINGSTEEN: Évidemment [rires]

POTUS BARACK OBAMA: « Elle t'a déjà alpagué »

BRUCE SPRINGSTEEN: Exactement.

POTUS BARACK OBAMA: « Tu dois essayer de t'échapper... »

BRUCE SPRINGSTEEN: Je suis surpris que tu n'en as pas fait un sujet plus important étant donné ton histoire.

POTUS BARACK OBAMA: Oui !

BRUCE SPRINGSTEEN: Ton histoire familiale. Je suis vraiment étonné...

POTUS BARACK OBAMA: C'est peut-être lié à la relation que nous avons eu avec notre mère ? Peut-être sommes-nous attirés par - et voulons-nous interagir avec - quelqu'un qui ne cèdera pas et ne laissera pas passer nos simagrées. Mais toi, dis-moi, selon toi, qu'est-ce qui nous a conduits sur cette voie exigeante, et finalement satisfaisante, consistant à nous unir à des femmes fortes ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Je pense que nous sommes des hommes ayant besoin de limites. Avant de rencontrer Patti, je me sentais à la dérive. J'avais une idée des valeurs qui feraient une bonne vie de famille. Mais je n'avais pas le moindre mécanisme affectif pour mettre ces choses-là en place. Et puis, comme nous l'avons dit précédemment, on m'avait appris que la vie de famille était castratrice, qu'il était gênant d'être avec une femme, que tu passais pour quelqu'un de faible.

POTUS BARACK OBAMA: Si tu avais besoin d'une femme ?

BRUCE SPRINGSTEEN: Oui, si tu avais besoin d'une femme, tu étais faible. La famille restreignait ta liberté d'homme. Je croyais à toutes ces choses-là, et je les portais en moi comme une peur énorme. Terrifié devant les liens à nouer pour construire une famille. Et, par conséquent, j'ai été destructeur dans toutes les relations amoureuses que j'ai eues, jusqu'à ce que je sois avec Patti. Il y avait quelque chose dans l'intelligence de Patti, dans sa lucidité, sa force, sa féminité, qui a supprimé une partie de cette peur que j'avais en moi. Elle m'a donné la confiance d'avoir quelqu'un sur qui je pouvais compter, face à qui je pouvais exprimer mes peurs.

POTUS BARACK OBAMA: Il y a aussi une chose dont tu dois te souvenir lorsque tu dois t'installer avec une femme forte et stimulante - c'est à dire le genre de femme qui m'attirait. Si tu vis avec elle quotidiennement, et qu'il y a des décisions à prendre concernant la carrière ou la famille, il y a chaque jour beaucoup de négociations. Et il a fallu que je sois à l'aise avec le fait que, et bien tu vois, je suis un mâle alpha, et je suis assez têtu. Et cette personne avec laquelle j'habite ? Elle a des idées bien arrêtées, elle a l'habitude de prendre des décisions, et lorsqu'elle prend la parole, on l'écoute. Et désormais, tout devenait sujet à débat. 

J'ai appris que si tu n'es pas à l'aise avec ça, il y aura des périodes de heurts. Il est possible que ta femme ait son caractère, et qu'elle ne s'incline pas nécessairement pour arrondir les angles à tout prix quand la situation est tendue. Et j'ai quelques amis qui, à un moment donné, se rendent compte d'une chose : « Tu sais quoi, je me sens menacé d'être contredit ». Et souvent, ces amis se sont séparés de leur compagne, ils sont passés à un type de relation qu'ils jugeaient plus facile et plus confortable, et qui ne les obligeait pas à procéder à de trop nombreux changements. L'idée sous-jacente, c'est que la femme va céder et s'adapter, à eux, à ce qu'ils veulent, à leurs besoins. Michelle s'est assurément adaptée et a accepté de changer pour rester avec moi. Mais elle m'a aussi dit : « Mon vieux, tu vas devoir changer certaines choses toi aussi ».

Les efforts sont à faire des deux côtés. Je ne me faisais aucune illusion sur la vie de famille que je mènerais, qui ne serait pas une vie dans laquelle je serais le maître du manoir, et que j'aurais une femme folle de moi, et aux petits soins pour moi.

BRUCE SPRINGSTEEN: Mhmm. Oui, depuis le début, je savais que ce ne serait pas le cas avec Patti -

POTUS BARACK OBAMA: Qui me préparerait mes repas et... Oui. Je... Ce ne serait pas...

BRUCE SPRINGSTEEN: Non.

POTUS BARACK OBAMA: ...une option.

[La guitare électrique joue en fond]


Lu 271 fois