Bruce Springsteen
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The Rising - équilibre musical et thématique



1 - Lonesome Day

Entrée en matière au ton vindicatif, cette chanson peut se voir affublée de titre "faux calme". Le tempo n'est ni vraiment rapide, ni vraiment lent. La demi-teinte, presque la retenue, seront de mise sur cet album.

C'est la même chose au niveau des fréquences des batteries. La caisse claire n'est pas "explosive", mais sèche, sans trop d'aigus, sans trop de réverbérations longues, presque "étouffée".

Les violons sont "mats", tout comme les guitares. Comparez ces violons à ceux d'un titre de Magic pour sentir la différence, vous vous rendrez compte que ceux de 2007 sont bien plus brillants. Les cordes de l'introduction sont tout de même saturées (violons et guitare-12 cordes), mais c'est l'orgue qui prend finalement le dessus, spécialement avec ses "glissés" à l'orgue B3 en fin de refrains.

Un peu comme la batterie, la basse est en demi-teinte. On ne l'entend seulement que lorsqu'on y prend garde et sa ligne, sa mélodie propre, fait "retenue". Les notes sont découpées.

En revanche, plus on avance dans le morceau et plus les instruments entrent tour à tour et commencent un véritable ballet. Qui a remarqué les très belles nappes de synthétiseur sur toute la durée du second couplet qui "tendent" toujours plus la chanson (01:02) ? Qui a remarqué les variations d'accords entre les premiers accords de l'orgue du début du pont (01:36) avec les derniers accords plaqués par Danny Federici (01:46) ? Qui a remarqué le saxophone baryton (un gros saxophone plus grave et plus lourd qu'à l'accoutumée) qui entre à la fin pour renforcer la basse un peu timide (03:09) ?

Le riff principal au violon, pendant le refrain, est également jouée sur le troisième couplet (02:26) afin de "tendre" un peu plus le morceau au fur et à mesure de son déroulement.

Les guitares se répondent sur le premier couplet (00:26) entre la guitare sèche solitaire sur la gauche avec une pointe de seconde guitare électrique sur la droite, jusqu'au duo rythmique "électrique" du second couplet (01:02). Notez également la nappe de synthétiseur jouée sur ce second couplet sur la droite, avec une mélodie originale par rapport à la voix et aux guitares.

Le phénomène le plus à craindre avec un album à trois, voire quatre guitaristes (Bruce Springsteen, Steven Van Zandt, Nils Lofgren et Patti Scialfa), c'est la menace d'une purée compressée sans nom. Au contraire, le résultat est traité avec intelligence et chacun arrive à trouver sa place. Le solo de Nils Lofgren au milieu de la chanson est précédée par un enchaînement de participations diverses: Steven Van Zandt et son riff "général" (01:56), accompagné par le saxophone de Clarence Clemons (02:00), suivi par l'envolée de Nils Lofgren (02:08) et terminée par le violon de Soozie Tyrell (02:20). Un bel enchaînement qui fait monter l'intensité de l'ensemble.

Que nous explique le morceau ? Qu'il va falloir traverser cette journée devenue solitaire. L'entrain de la chanson donne envie de continuer l'écoute et d'avoir la réponse à deux questions: que nous réserve la suite au niveau musical, et trouvera-t-on des réponses thématiques aux évènements qui ont mis le personnage dans cet état...

De manière générale, cette chanson est une véritable réussite, l'équilibre des fréquences est remarquable et l'effet souhaité (donner du punch à l'ensemble au fur et à mesure et sans agressivité) est tout à fait atteint. Les arrangements de Bruce Springsteen donnent l'impression d'avoir été conçu à la manière d'un compositeur de musique classique: un peu de tout par pincées, et surtout bien équilibré, sans qu'un instrument prenne le dessus sur un autre. L'idée est de se souvenir de l'ensemble et pas d'un élément en particulier.

2 - Into The Fire

Les seconds morceaux des albums de Bruce Springsteen ont toujours été intéressants (Adam Raised A Cain, Cover Me...), car ils permettent très souvent de donner une indication précise quand à l'articulation des chansons entre elles: si le deuxième titre est "musclé", alors la face de cet album sera "tendue".

Pour ce morceau, niveau dynamique, c'est encore la demi-teinte qui prédomine. À la simple lecture du titre, on s'imagine de quoi traitera la chanson.

Cette impression est vite confirmée par le début, qui commence comme un country-folk "pauvre". La batterie se trouve en-dessous du niveau sonore habituel, la guitare de Bruce Springsteen (à gauche) est jouée en arpèges sur le coup de caisse claire de Max Weinberg, et une guitare jouée en slide, au bootleneck, par Nils Lofgren, légèrement sur la droite (00:05) essaye de suivre la voix. Un zeste de violon complète l'ensemble sur la droite (très clair à 00:18). Sur ce premier couplet, il est à noter également une troisième guitare, totalement sur la droite, qui joue quelques notes tenues (00:02, 00:20, 00:24, 00:30...), comme pour donner un peu plus de "profondeur" à l'ensemble un peu haut médium.

Le style de chant, comme l'a décrit Bruce Springsteen lui-même, est très folk sur les couplets et tombe à nouveau dans le gospel (avec un petit orgue - 00:48) sur le premier refrain.

On remarque sur le premier temps de chaque refrain, où l'ensemble du groupe est présent, qu'il y a un drôle de bruit grave/médium grave (01:12, 01:18...). C'est un accord joué à la guitare barytone, un croisé parfait entre la basse et la guitare électrique, une sorte de grosse guitare à 6-cordes montée avec des mini-cordes de basse (vendue et produite par Fender).

La basse utilisée ici est une électro-acoustique, modèle que Garry Tallent utilise rarement sur scène (mais utilisée ici aussi sur You're Missing) et qui donne un son un peu plus feutré que sa basse solid body (à corps plein) habituelle, assez discrète toutefois tout au long de l'album.

Les cordes - violons et violoncelles - à nouveau sur un riff, finissent d'accrocher le morceau dans les têtes.

A partir du second couplet, une guitare électrique vient marquer le temps de la caisse claire (01:25), toujours à gauche (mais encore plus, élargissant ainsi le morceau), complétant le travail de la guitare sèche, toujours présente. Au même moment, une autre guitare électrique vient prendre toute la place sur la droite. Elle est encore complétée par une quatrième guitare, à partir de la fin du chorus (02:05).

De nombreuses percussions alourdissent considérablement le morceau (comme au début du troisième couplet, sur la gauche, à 01:50). Notamment un "sapin de Noël", une grosse percussion triangulaire, tenue par le bas, et bourrée de petites lames qui s'entrechoquent. Un contraste a sans doute été recherché entre les couplets et les refrains: les premiers sont lourds, avec peu de variations d'accords et beaucoup de percussions et de sons "secs", alors que les refrains sont amples, avec un riff jouées par les cordes, et chargés niveau chant.

Les chœurs sont omniprésents, surtout ceux de Patti Scialfa et de Soozie Tyrell sur la droite (01:37). Mais, en faisant attention, on entend la grosse voix grave de Clarence Clemons, et surtout celle de Steven Van Zandt (sur la gauche, sur les refrains). Le chant de Bruce Springsteen est lui-même émouvant. Il est facile de ressentir les grimaces de son faciès et l'émotion employée, seule face à son micro, lors de l'enregistrement. Les secondes voix, pendant les couplets, sont l'œuvre de Patti Scialfa (Steven Van Zandt est généralement présent sur les morceaux plus rock). Il est à noter que les enregistrements live de cette tournée restituent parfaitement le remarquable travail des secondes voix.

Sur le troisième couplet (02:43), le groupe redescend et les instruments reprennent à peu près leur configuration du premier couplet, pour mieux remonter vers un final avec le groupe au complet.

Première chanson écrite à la suite du 11-septembre, le texte se situe au cœur des évènements et les entrées soudaines de tous les instruments font écho à la "soudaineté" et au fracas de l'entrée des avions dans les tours. A partir de ce moment-là, tous les instruments sont là et tout le monde est solidaire au chant. Si le premier morceau annonçait une journée difficile, Into the Fire nous y plonge directement.

3 - Waitin' On A Sunny Day

L'album prend un premier virage avec cette chanson. Sa place n'est d'ailleurs pas anecdotique et elle sert à détendre quelque peu la thématique pesante.

Le titre commence par un gros son de batterie, que l'on retrouve à la fin du premier refrain, juste avant le début du deuxième couplet (01:17), afin de relancer la machine avec l'entrée de tous les instruments. Il est à noter que le son de la batterie semble plus présent à ces moments-là, lorsqu'elle reste seule. C'est une caractéristique de la compression appliquée à un morceau entier. Elle permet de regonfler tout signal, mais peut, au passage, écraser certains instruments ou certaines fréquences.

La ligne de la basse électrique est une véritable signature de Garry Tallent. Il laisse "respirer" le deuxième coup de caisse claire, en ne jouant pas à ce moment-là. C'est une structure efficace qui peut être retrouver sur beaucoup de chansons des albums précédents.

Le piano est omniprésent et il est joué, sur la droite, dès l'entrée de tous les instruments (00:05). Identique à Hungry Heart, il est joué "en sautillant" tout le long.

Le riff principal est une nouvelle fois joué au violon (doublé cette fois-ci à droite et à gauche), sur l'introduction et les refrains, une caractéristique générale de cet album.

La deuxième voix dès l'entame du refrain (00:58) est l'œuvre de Steven Van Zandt (qui prendra même le chant principal sur la tournée). Sa voix, assez particulière, s'accorde à merveille avec celle de Bruce Springsteen. Les chœurs, à l'extrême droite (01:37), sont pour la première fois de l'album utilisés comme rythmique sur ce couplet (la dernière utilisation de chœurs marqués à ce point-là remonte à la tournée 1992/93). Ils sont ensuite tenus sur le couplet qui suit le solo de saxophone (02:38).

A partir du deuxième couplet, deux instruments viennent grossir le son: l'orgue sur la droite et la steel guitare, également sur la droite (01:19). Pour la première fois sur ce disque, on peut aussi entendre le glockenspiel (un instrument à percussion dont le son est proche du carillon), joué par Brendan O'Brien lui-même (02:14 & 03:33) pendant les solos de saxophone. Cet instrument a été régulièrement utilisé par Bruce Springsteen sur ces précédents albums.

Une discrète section rythmique de cuivres complète le tableau (jouée par Roy Bittan pendant les concerts).

Le solo de Clarence Clemons (02:14 & 03:33) est superbement arrangé, avec des changements d'accords, spécialement pour cet instrument. Un saxophone baryton vient tenir la rythmique à la fin de la chanson, sur l'extrême gauche (03:15).

Très bien composé, très bien arrangé, très bien mixé, ce titre nous permet de rester dans le "chaud" et "rond" grâce aux guitares acoustiques. La décontraction prédomine en attendant mieux, mais la patience est de mise avant que la joie revienne.

4 - Nothing Man

Écrite pendant la période Streets Of Philadelphia, avec qui elle partage la même veine, cette chanson est une véritable perle, niveau composition. Il est très difficile en effet de produire différentes "lignes de chants" (la mélodie que prennent les mots) avec seulement trois accords parcourant le morceau. Seuls les moments de départ de chant et les chœurs permettent de casser les schémas de chant des couplets et des refrains.

Le premier couplet est joué sans basse. C'est une vieille recette qu'utilise Bruce Springsteen dans certaines chansons (cf. Secret Garden): ne laisser entrer la basse qu'à partir du second couplet (00:52), ce qui fait souvent remonter une émotion lyrique. Cette technique est souvent utilisée au cinéma sur les moments émouvants, quand les cordes de l'orchestre philharmonique se font plus graves.

Par instants, il est possible d'entendre des nappes s'ajouter à celles présentes (comme sur Secret Garden, une nouvelle fois). Sauf qu'ici, c'est Nils Lofgren qui fait du "violoning" à l'aide de sa guitare Stratocaster (par exemple à 01:40). Il joue sur quelques notes en ouvrant puis fermant progressivement le niveau du volume du micro de sa guitare, ce qui donne une impression de violon électrique. Bruce Springsteen utilisait déjà cette technique au cours de certains concerts dans les années 1973/74.

Les percussions font leur entrée sur le troisième couplet (02:38). C'est un petit djembé, joué sur la droite. C'est une autre spécialité de cet album: il y a toujours un instrument qui vient s'ajouter à chaque strophe.

En revanche, les gros coups de cymbales réguliers (00:00, 00:52...) ont été ajoutés durant le mixage. La technique studieuse qu'utilise aujourd'hui Bruce Springsteen et son producteur Brendan O'Brien (Bruce Springsteen, Max Weinberg, Garry Tallent et Roy Bittan enregistrent seuls les chansons. Puis les autres instruments sont ajoutés au fur et à mesure) leur permettent des possibilités infinies sur la musique. Il convient juste de ne pas oublier de faire participer l'ensemble du groupe afin de respecter l'équilibre du son du E Street Band.

Esthétiquement réussis, les synthétiseurs sont très épais à gauche et très "transparents" à droite, bien que ce dernier soit présent dès l'introduction. Ils deviennent doublés dans les hauts médiums (01:19) avec l'ajout d'un troisième synthétiseur à l'extrême gauche. Ce qui fait trois synthétiseurs simultanément. Roy Bittan joue ici à la tierce du groupe: il joue les accords et la mélodie plus aiguë que les autres parties des musiciens, suivant la mélodie du chant. Cette technique a un fort impact émotionnel et se retrouve elle aussi souvent dans les musique de films.

Thématiquement, cette chanson sur une personne qui ne se remet pas d'avoir été le héros du jour, colle parfaitement avec le reste de l'album, même si sa composition remonte à 1994. Le "patchwork" thématique est réussi.

5 - Countin' On A Miracle

Semblant assez plate et assez classique à la première écoute, cette chanson se révèle finalement très intéressante sur le plan musical.

Elle débute par une série de mélodies en arpèges jouée par les deux guitare sèches (une à gauche, une en face) de Nils Lofgren. Une mélodie qui se retrouvera bien plus étoffée pendant la tournée qui suivra. Une légère couche de synthétiseur, au centre, accompagne cette introduction.

Avec l'arrivée des instruments, c'est un morceau classique "made in" Bruce Springsteen qui démarre: des couplets (00:17 & 01:05) aux phrases chantées courtes sur une petite série d'accords, un pré-refrain (00:30 & 01:18) qui ralentit le rythme et un refrain (00:48 & 01:36) qui balance une mélodie "standard".

Il est à noter tout au long du morceau le jeu de basse assez remarquable de Garry Tallent (à 04:07 par exemple).

Le premier refrain voit l'arrivée d'un tambourin. Les percussions sont d'ailleurs innombrables sur cette chanson, impossible à décrire dans leur intégralité.

Les trois guitares (une guitare sèche à droite et une guitare électrique de chaque côté) sont complétées dès le deuxième couplet (01:05) par une quatrième guitare pour bien marquer la progression.

La mélodie du deuxième refrain est renforcée par le "contre chant" de Steven Van Zandt sur la gauche qui répond et croise le chant principal de Bruce Springsteen. Après l'arrêt, à la reprise du refrain (03:37), ce sont Patti Scialfa et Soozie Tyrell qui complètent à la tierce la voix de Bruce Springsteen, tandis que Steven Van Zandt continue de leur répondre, aidé par le saxophone.

Mais la véritable beauté de la chanson se révèle à partir du pont (01:51) avec un arrêt total de tous les instruments pour laisser la place à un ensemble de violons, violoncelles et autres cordes de toute beauté. Que ce soit Bruce Springsteen ou Brendan O'Brien l'arrangeur de cette partie, dans tous les cas, l'idée et le résultat sont magnifiques.

Lorsque le groupe entre à nouveau pour compléter les cordes, les chœurs répondent au chant principal (02:09), sur un solo de guitare de Nils Lofgren déjà entamé, à droite (02:13), et qui se terminera en "lead" avec le renfort de Clarence Clemons, toujours sur la droite (02:30). A la fin de ce solo, une seconde guitare donne encore plus de profondeur au morceau (02:39).

Sur la reprise du chant, le saxophone, sur la droite (02:51), prend le rôle qui est généralement attribué à Roy Bittan et à son piano: répondre et compléter la mélodie du chant. Au même moment, les cordes doublent l'instrument de Clarence Clemons sur la gauche. En live, ces cordes sont jouées à la guitare par Nils Lofgren, puis par Steven Van Zandt à la fin du morceau. L'ensemble est complété par des cordes qui se font de plus en plus fortes jusqu'à la fin, où elles se retrouvent quasiment esseulées avec la batterie.

L'arrêt sur le dernier pré-refrain (03:34) est une technique classique, souvent utilisée pour marquer la relance sur le dernier refrain.

Le mixage de cette chanson est particulièrement réussi, notamment le mixage des violons, de plus en plus mis en évidence au cours du morceau. En revanche, ce titre a beaucoup plus de difficulté à "décoller" sur scène, la faute aux parties de cordes jouées par Soozie Tyrell et par Roy Bittan, qui rendent le rythme un peu "mou". Cette chanson aurait gagnée à être jouée, dans sa version live, avec un tempo accéléré.

Les paroles de cette chanson restent assez imaginaires ("magie", "princesse", "chevalier", "roi"...), mais ce qui la rattache à l'album est le total manque de moyen du personnage pour s'en sortir, comptant même sur un miracle...

6 - Empty Sky

Sur un texte simple et des accords minimalistes, Empty Sky prolonge la même veine que Into The Fire.

Pendant l'introduction, la batterie (qui restera à gauche pendant la durée de la chanson) et le piano (à droite) sont sous-mixés en volume, certainement dans le but d'obliger l'auditeur à monter le son, avant l'entrée en bloc de tout le groupe (00:10). Avec l'arrivée de deux guitares sèches, de la basse avec sa ligne simple mais efficace et de la batterie bien présente, l'effet est efficace.

Pour alourdir le morceau, de nombreuses percussions (avec des variations entre les couplets et les refrains) ont de nouveau été ajoutées (par exemple à 00:59), avec le "sapin de Noël" déjà utilisé et joué en concert par Clarence Clemons. Une percussion entre également, complètement sur la droite, à partir du troisième couplet (02:10).

Minimaliste en accords - deux ou trois accords seulement, et un accord supplémentaire sur le refrain - la recherche de la lourdeur et le peu d'instruments utilisés pour y parvenir, oblige le son a être "comprimé" à l'aide de compresseurs et le niveau sonore franchement monté. Ce qui donne malheureusement un aspect un peu "bouilli" sur les attaques de cordes et sur les guitares sèches.

Le piano rejoint le reste de l'ensemble compact à partir du deuxième couplet (01:18), sur la droite. De la même manière, sur ce même couplet, un roulement de caisse claire (01:23) de Max Weinberg a été ajouté (par-dessus les enregistrements de la caisse claire initiale), dans le but, une nouvelle fois, de faire entrer les éléments les uns après les autres. L'orgue - superbe - de Danny Federici s'invite sur la gauche sur les refrains et à partir du troisième couplet (02:10) jusqu'à la fin.

On notera ici la participation, par petites touches, de la guitare électrique de Nils Lofgren sur la droite (02:21 & 02:41) et des chœurs (Steven Van Zandt à 00:59, Patti Scialfa à 01:52, 02:35, 02:51...).

Pour souligner la fin du dernier refrain, un deuxième orgue a été ajouté (03:08) avant que l'harmonica ne fasse, pour finir, une superbe apparition en prenant les solos du morceau (03:15).

Par contre, à l'opposé de cette version, il est à souligner la légèreté de l'arrangement live. L'excellent travail de Bruce Springsteen en tant qu'arrangeur est vraiment perceptible ici, souligné par les sublimes chœurs qu'il partage avec sa femme en début et fin de morceau. Une version simplissime, niveau instruments qui accompagne le vide du ciel.

Le texte est lui aussi assez simple, comme la plupart des chansons de cet album, sans aucun sens caché. Le mur du son qui s'abat au vrai départ de la chanson est comme une dure réalité qui tombe un matin au réveil, quelques jours après les évènements du 11 septembre.

7 - Worlds Apart

Worlds Apart est une véritable surprise et personne n'aurait imaginé Bruce Springsteen chanter en compagnie d'un groupe d'origine pakistanaise.

La musique démarre avec une boite à rythmes moderne et une profusion de percussions et de chants lointains, où se côtoient le groupe de Asif Ali Khan et le clan Springsteen: l'orgue de Danny Federici à l'extrême gauche (00:21), le banjo de Nils Lofgren au même moment, mais à l'extrême droite, et le timbre singulier de Patti Scialfa (00:39).

Les chœurs sont disséminés tout au long du titre avec parcimonie et leur aspect "planant" contraste avec la lourdeur du reste du groupe. Le contraste étant le thème de la chanson, l'ensemble colle parfaitement.

La mélodie principale apparait peu après, soutenue par la voix principale de Bruce Springsteen (00:57). Le premier couplet reste dans la même optique, les chants sur le côté devenant muets. Les chœurs revenant sur le premier refrain (01:37).

Dès son entrée avec le reste du groupe, Garry Tallent nous gratifie une fois de plus de ses superbes envolées tout au long de la chanson (à 04:35, par exemple). La ligne de basse est minimaliste, mais les couplets sont seulement composés de deux accords et la batterie est quasi-binaire...

Dès le début du second couplet, le groupe fait son entrée (01:54). Le son de la batterie est relativement "explosif" (de la réverbération de type "plate" a été ajoutée).

Par contre, pour la première fois de l'album, les guitares sont bien présentes, préfigurant certainement dans l'esprit de Bruce Springsteen un fort potentiel live. L'équilibre des trois guitares est assez réussi. Une guitare acoustique a même été ajoutée sur la droite afin de récupérer un peu "d'attaque" sur ce côté droit. C'est une pratique courante et efficace lorsque trop de guitares électriques se chevauchent et créent un problème d'intelligibilité de l'ensemble.

L'harmonica, sur le deuxième refrain, calque sa mélodie sur les chœurs pakistanais (02:13).

Le solo de guitare au milieu du titre (02:31) est probablement joué par Bruce Springsteen, copiant le style particulier de Nils Lofgren (qui jouera cette partie en concert). En revanche, le dernier solo, mélodique et aéré, est clairement l'œuvre de Bruce Springsteen (Nils Lofgren aère peu ses solos de guitare et Steven Van Zandt, moins dans la mélodie, reste souvent autour d'une seule note ou d'une même ligne mélodique).

Durant le pont, on entend clairement la voix de Patti Scialfa sur l'extrême droite (02:54), accompagnée par l'orgue sur la gauche. Par contre, on la découvre dans une tonalité grave, très rare chez elle, sur l'extrême gauche (03:23) et presque cachée, sur le troisième couplet (elle reprendra cette partie en concert).

L'arrêt typique sur le troisième couplet sert à faire repartir le morceau (cf. Countin' On A Miracle). Le violon de Soozie Tyrell est présent sur la droite.

Pour la dernière partie, Bruce Springsteen abandonne la vedette à Asif Ali Khan, en le laissant jouer tout seul avec son groupe.

Traitant du choc culturel, le texte calque son schéma sur l'histoire de Roméo & Juliette, et décrit une histoire d'amour impossible entre un soldat américain et une femme, d'origine musulmane, que les traditions opposent. Une curiosité vraiment réussie dont on ne pensait pas Bruce Springsteen capable, musicalement parlant.


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