Bruce Springsteen
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Par Elliott Murphy



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Bruce n'était pas aussi tourmenté par la malédiction du Nouveau Dylan que je ne l'étais, probablement parce qu'il ne jouait pas comme moi d'harmonica et que son chant aux accents scat devait plus à Van Morrison que mes propres plaintes nasales Dylanesques. Alors que ma carrière stagnait momentanément dans le triangle des Bermudes du Nouveau Dylan - Nouveau Lou Reed - F. Scott Fitzgerald du rock, Bruce taillait la route et s'établissait comme un infatigable guerrier des tournées rock. Nous ne nous sommes pas beaucoup vus pendant des années alors que je changeais rapidement de maison de disques, passant de Polydor à RCA, où j'enregistrai Lost Generation et Night Lights, puis enfin chez Columbia, le même label que Bruce, pour la sortie de mon quatrième album, Just a Story From America. Bruce avait des déboires judiciaires avec son ancien manager qui mirent sa carrière de studio en suspens pendant environ un an. Il avait trouvé le manager et producteur idéal en la personne de Jon Landau, ancien critique rock et proche ami de Paul Nelson qui écrivit la célèbre phrase "J'ai vu l'avenir du rock'n'roll et son nom est Bruce Springsteen" dans une chronique. Je ne sais pas si Columbia m'avait signé pour couvrir sa mise au cas où Bruce resterait coincé dans les tribunaux pendant des années, mais j'ai entendu des rumeurs de cet ordre.

Alors qu'il était plongé dans ces affres judiciaires, Bruce donna une série de concerts à Red Hook, dans le New Jersey - ce devait être en 1976 - qui généraient un buzz énorme. Mon manager me conduisit un soir dans le New Jersey en limousine pour assister à un des concerts de Bruce, et c'était tout ce qu'on en disait et même plus. L'éclairage scénique était tout simplement incroyable, comme un décor sorti de West Side Story, et quand Bruce monta sur les planches, c'était comme si Brando, Pacino, Dylan et Dean avaient fusionné. Son chant couvrait tout l'éventail du spectre, du lyrique au murmure intime, et le E Street Band était devenu un des groupes les plus carrés et les plus solides sur scène. Le show tout entier était époustouflant et j'étais transporté. Après les derniers rappels, je descendis dans les loges et Bruce lui-même vint bientôt dire bonjour. Malgré un tel triomphe, il était toujours ce type humble et pondéré que j'avais rencontré quelques années plus tôt. Nous bûmes une bière ensemble et promîmes de rester plus en contact.

Au cours des quelques années qui suivirent notre double chronique dans Rolling Stone, il y eu, je suppose, une sorte de rivalité tacite entre nous - qui serait la nouvelle sensation ? - et, bien qu'aucun de nous deux ne prenait ceci vraiment au sérieux, il y avait des journalistes qui essayaient de nous opposer et qui se divisaient en deux camps belliqueux. Mais ce soir-là, sur le chemin du retour vers New York, ce pouvait bien être moi assis à l'arrière de cette longue limousine noire, mais je savais au fond de mon cœur qui allait prendre la couronne du rock'n'roll et ce n'était pas moi. Cette nuit à Red Hook avait été comme un master-class de performance rock, un cours sur la manière de jouer devant votre public et de respecter vos fans. Il me fallut des années pour digérer bon nombre de ces leçons et le fait que je continue aujourd'hui à donner une centaine de concerts par an doit beaucoup à ce que j'ai appris des concerts de Bruce et de son amitié.

Par Elliott Murphy
Au début des années 80, alors que le terme d'auteur-compositeur était un vilain mot et que la radio semblait déborder de punk, de new wave et de disco, j'ai joué dans un petit club du nom de The Alley à Asbury Park, la ville d'origine mythique de Bruce, qui se montra au concert. Plus tard, cette nuit-là, nous nous sommes rendus dans sa ferme de location et avons parlé musique jusqu'au petit matin. C'était avant qu'il ne se marie et qu'il fonde une famille et Bruce vivait vraiment seul avec sa musique - sans autre bagage. En fait, il me dit que quand il quittait ces maisons de location et reprenait la route, il laissait tous les meubles qu'il avait achetés derrière lui, afin de ne pas s’encombrer. Il ajouta qu'avec les droits de The River, il s'était offert deux objets chéris : un piano à queue et une Corvette décapotable. Ses priorités étaient celles de l'homme parfait ! Lorsqu'il me fit visiter la spacieuse demeure, je fus stupéfait de trouver la salle de répétition du groupe dans le séjour - la pièce la plus agréable de la maison; c'était là que tout le matériel était installé, du saxophone de Clarence à la Telecaster de Bruce, en passant par la batterie de Max, la basse de Garry, les amplis de Steve, l'accordéon de Danny et les claviers de Roy.

Plus tard, nous avons mangé des sandwichs steak-fromage Philly (ne me demandez pas ce que c'est !) et Bruce me passa un peu de la musique qu'il écoutait. Il était à fond dans les Sex Pistols à l'époque et me fit également écouter un morceau de sa propre composition Roulette, qui transpirait la même passion et la même énergie que le punk. Je ne fus pas surpris quand Bruce inclut Johnny Rotten parmi ses dix chanteurs rock préférés de tous les temps dans un étude récente de Rolling Stone. Souvent, quand je demande à Bruce ce qui l'occupe, il me dit qu'il écoute beaucoup de musique et je crois que c'est ce qu'il fait et qu'il a toujours fait. Mentionnez un groupe ou un chanteur à Bruce et neuf fois sur dix il est capable de chanter le refrain d'au moins une de leurs chansons - sans exagérer.


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